Bienvenue à Misha : première enfant née en France après transplantation utérine

Paris, le jeudi 18 février 2021 - En dépit de son poids plume (1,8 kg) et de son arrivée prématurée (à 33 semaines), Misha est en parfaite santé et devrait pouvoir prochainement sortir de l’hôpital et rencontrer sa grand-mère (actuellement confinée à Mayotte). En mars 2019, cette dernière a fait don de son utérus à sa fille, atteinte d’un syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH) lui offrant l’espoir jusqu’alors interdit de devenir mère à son tour. L’intervention de prélèvement très complexe, associée à un taux de complications de 10 %, avait été réalisée par l’équipe du professeur Jean-Marc Ayoubi à l’hôpital Foch et constituait une première en France. Les équipes de Foch, qui avaient obtenu deux ans auparavant l’autorisation de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour conduire un protocole de transplantation utérine à partir de donneuses vivantes et qui travaillaient depuis plus de dix ans sur ce projet, avaient appliqué une procédure robotique, peu avant inaugurée par des praticiens suédois, pionniers en matière de greffe utérine. Cette méthode permet en effet une plus grande précision mais aussi une réduction des complications.

Dans la lignée des enfants pionniers

En accord avec le protocole observé dans tous les pays du monde ayant réalisé des transplantations utérines, le transfert d’embryon a été envisagé un an après la greffe mais quelque peu retardé par la crise sanitaire. C’est donc en juillet 2020 que l’embryon obtenu par FIV a été implanté, permettant l’arrivée par césarienne neuf mois plus tard de la jeune Misha, en présence du professeur René Frydman, qui a assisté à la naissance d’un très grand nombre de bébés pionniers.

Une transplantation inaugurée en Suède

Au moment où Déborah, la mère de Misha bénéficiait de la première transplantation utérine française, une soixantaine d’interventions de ce type avaient été réalisées dans le monde. Sur les quarante-cinq ayant fait l’objet d’une revue par l’Imperial College de Londres publiée pendant l’été 2019, dix-huit avaient permis une naissance vivante. La Suède et le professeur Mats Brännström (Sahlgrenska Academy) ont été à l’origine d’un grand nombre de ces réussites.

Une intervention à risque pour les donneuses, objet d’interrogations éthiques

La majorité des femmes ayant reçu une greffe d’utérus sont atteintes d’un syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH), mais d’autres indications sont possibles (insensibilité complète aux androgènes (pseudo-hermaphrodisme masculin), hystérectomie d’hémostase ou hystérectomie pour une lésion bénigne ou maligne de l’utérus, syndrome adhérentiel d’Asherman, utérus multimyomateux, adénomyosique, ou irradié…). Aujourd’hui, toutes les naissances sauf une, au Brésil, ont été obtenues après une transplantation d’un utérus issu d’une donneuse vivante (une parente le plus souvent mais pas toujours). Cette stratégie permet de disposer d’organes de meilleure qualité et de pouvoir mieux maîtriser l’histocompatibilité. Cependant, le prélèvement est très délicat, plus complexe qu’une hystérectomie traditionnelle et donc plus à risque ; difficultés auxquelles s’ajoutent les complications habituelles des opérations de longue durée (entre 3h ½ et 11 h).

Aussi, s’agissant d’un organe non vital, ce type de prélèvement sur donneuse vivante soulève de nombreux problèmes éthiques. L’Académie de médecine les avait évoqués dans un avis de 2019, signalant en outre le possible impact psychologique sur les relations familiales. Le rapport s’interrogeait ainsi sur la « perception du don par la mère qui peut se sentir responsable de la malformation de sa fille et plus ou moins obligée de donner son utérus, d’autre part de possibles interférences familiales ultérieures dans le vécu et l’éducation de l’enfant ».

Un parcours semé d’obstacles, mais parfois une belle victoire

Les autres enjeux éthiques concernent la receveuse, s’agissant d’une greffe d’un organe non vital, qui expose à des complications lors de la transplantation et nécessite le suivi d’un traitement immunosuppresseur. Cependant, pour limiter les répercussions de ce dernier, l’utérus est généralement retiré peu après la première ou la deuxième grossesse. Enfin, les femmes qui reçoivent une greffe d’utérus doivent être conscientes que cette étape n’est pas la garantie d’une naissance : rejet du greffon, échec de l’implantation et complications obstétricales (tous les enfants sont nés par césarienne et prématurément ; le terme moyen était de 35SA) sont fréquents. Néanmoins, on observera de façon positive, qu’après toutes ces épreuves, les enfants nés étaient tous en bonne santé.

Un projet en France pour des transplantations à partir de donneuses décédées

On notera enfin qu’en France, le CHU de Limoges a obtenu en 2015 un agrément pour réaliser des transplantations à partir de donneuses décédées. Les prélèvements de ce type sont cependant très difficiles à obtenir : dans un rapport publié en 2015, l’Académie de médecine évoquait une expérimentation américaine au cours de laquelle seuls 9 prélèvements avaient pu être réalisés sur 1 800 donneuses potentielles.

Aurélie Haroche

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