Dans la famille Revel, voici le haut fonctionnaire

Paris, le samedi 9 juillet – Haut fonctionnaire issue d’une famille prestigieuse, Nicolas Revel a été nommée directeur de l’AP-HP ce lundi.

« Un honnête artisan, un peu besogneux mais pas nul ». Ainsi se décrivait Nicolas Revel dans un entretien accordé au journal Libération en 2019, alors qu’il était encore directeur général de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). Pas nul, il devra l’être pour gérer l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) dont il a été nommé directeur ce lundi à l’issue du Conseil des ministres, en remplacement de Martin Hirsch, démissionnaire. Le mastodonte hospitalier (39 établissements, 100 000 salariés), affaiblie par deux ans de crise sanitaire, doit faire face à la pénurie de soignants et à une nouvelle vague de Covid-19 et il faudra toute l’habileté du discret haut fonctionnaire de 56 ans pour prendre en main la situation.

Enarque, auditeur à la cour des Comptes puis directeur de cabinet de l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë de 2008 à 2012, Nicolas Revel pourrait passer pour l’un de ces nombreux hauts fonctionnaires passés du socialisme au macronisme ces dernières années. Mais il possède une particularité qui le distingue, celle d’être issue d’une famille plus empreinte de littérature que de gestion administrative. Il est en effet le fils de la journaliste Claude Sarraute et le petit-fils de l’écrivain Nathalie Sarraute, l’une des principales figures du mouvement littéraire Nouveau roman dans les années 1950. Son nom, il le doit au restaurant préféré de son père, le philosophe et académicien Jean-François Revel, né Ricard, qui changea son patronyme pour prendre celui du café parisien « Chez Revel ».

L’homme du Président

Devenu secrétaire général adjoint de la présidence de la République en 2012, Nicolas Revel s’y lie d’amitié avec son binôme, un certain Emmanuel Macron, avant d’être nommé directeur de la Cnam en 2014. Il va y mettre en œuvre plusieurs réformes importantes, tel que la revalorisation de la consultation chez le généraliste (23 à 25 euros), le remboursement de la téléconsultation, le reste à charge zéro pour les soins optiques, dentaires et les audioprothèses mais aussi le projet plus controversé du tiers payant généralisé, finalement abandonné (semble-t-il). Il s’y forge une réputation d’habile négociateur et surtout une très bonne image auprès des syndicats de médecins libéraux. Jacques Battistoni, ancien président de MG France, le qualifie ainsi « d’homme d’écoute, avec de grandes capacités d’analyses et des qualités humaines évidentes » et Jean-Paul Hamon, ancien président de la FMF, de « quelqu’un de sympathique, de séducteur ».

L’arrivée à l’Elysée de son ami Emmanuel Macron en 2017 va lui « donner un poids bien supérieur à celui d’un directeur de la CNAM » commente Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, à tel point qu’on le surnomme « ministre bis de la santé ». Ministre, il aurait pu le devenir en 2018, lorsqu’il est pressenti à l’Intérieur, mais c’est finalement par la petite porte qu’il entre au gouvernement, lorsqu’il devient directeur de cabinet du nouveau Premier Ministre Jean Castex en 2020, sur la demande expresse du chef de l’Etat. Deux mois après son départ de Matignon et alors qu’il était pressenti avenue de Ségur, le voilà donc directeur de l’AP-HP.

Garder l’esprit zen

Nicolas Revel arrive à la tête du vaisseau amiral de l’hôpital public français dans un contexte difficile. S’il est très apprécié des médecins libéraux, les hospitaliers, qui ont souvent eu des relations houleuses avec Martin Hirsch, demandent à voir. « Nous allons voir comment le nouveau directeur s’installe, nous sommes sans a priori » assure le Dr Christophe Prudhomme, représentant CGT-Santé-Action sociale, qui estime que « la situation était tellement tendue que cela ne peut pas être pire ». Le Dr Olivier Mirrelon, porte-parole du collectif Inter-Hôpitaux, veut lui aussi donner une chance à Nicolas Revel et espère que le nouveau directeur ne sera pas « qu’une courroie de transmission de la politique gouvernementale ».

Alors que l’AP-HP compte plus de 1 500 postes d’infirmiers vacants, entre 10 et 20 % de lits fermés et qu’un été sous tension se profile, sans doute Nicolas Revel devra se départir de ses habits de haut fonctionnaire discret pour entrer un peu plus dans l’arène. Et pour garder un esprit zen en toute circonstances, il pourra toujours compter sur les conseils de son demi-frère, qui n’est autre que Mathieu Ricard, le moine bouddhiste le plus célèbre de France.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (1)

  • The right man ...

    Le 10 juillet 2022

    Quelle famille !
    En tout cas bonne chance avec le mammouth ...
    ( ...in the right place).

    Dr F Chassaing

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