De Louvain à Paris (en passant par le Malawi)

Dr Isabelle Defourny

Paris, le samedi 18 juin 2022 - Il y a encore quelque mois à peine, elle arpentait les routes du Malawi, l’un des pays les plus pauvres du monde, pour venir en aide aux femmes atteintes du cancer du col de l’utérus et promouvoir la vaccination HPV. Elle passera désormais le plus clair de son temps dans un bureau du 19ème arrondissement de Paris, un endroit a priori moins exotique. A 51 ans, le Dr Isabelle Defourny est devenue la nouvelle présidente de l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) à la suite du vote de l’assemblée générale survenu le week-end dernier. Elle remplace le Dr Mego Terzian, qui dirigeait l’ONG depuis 2013.

Yémen, Libéria et autres terres inhospitalières

C’est en 1999 que ce médecin belge, spécialisée en gynécologie-obstétrique et formée à l’université de Louvain, a décidé d’abandonner le confort des hôpitaux occidentaux pour partir arpenter les contrées les plus défavorisés de la planète. Son baptême du feu a eu lieu dans les montagnes du Yémen, un des endroits les plus isolés du monde, dans le cadre d’une mission visant à améliorer l’accès aux soins de populations reculées.

Après un bref passage en Erythrée pour venir en aide à des réfugiés de guerre, ce « french doctor » se rend au Burundi en 2001. Alors que le pays est confronté à une flambée de paludisme, elle contribue à l’évolution du protocole thérapeutique, le traitement à base de chloroquine étant remplacé par une thérapie par les ACT (combinaison à base d’artémisinine). Sa soif d’aventures n’étant pas rassasiée, elle participe par la suite à des missions encore plus périlleuses, puisqu’elle se rend en 2003 au Libéria, pays en proie à une guerre civile particulièrement féroce où elle doit faire de la médecine de guerre puis au Darfour en 2004, région du Soudan touchée par une terrible famine et où la population est victime de violentes exactions par les autorités locales.

Après ces cinq années intenses, le Dr Defourny intègre le siège de MSF à partir de 2004. Elle contribue alors à la diffusion en Afrique du « plumpy’nut », une pâte énergétique prête à l’emploi à base d’arachide à haute valeur nutritionnelle, pouvant être distribué rapidement dans les zones touchées par la famine. Elle grimpe alors les échelons de l’ONG les uns après les autres : responsable des programmes en 2004, membre du conseil d’administration en 2013 et enfin directrice des opérations en 2015.

Mettre en lumière les crises humanitaires oubliées

En parallèle, elle participe en 2009 à la création de l’ONG Alima, dont elle est directrice des programmes pendant 3 ans. L’objet de cette association est d’améliorer l’accès aux soins en facilitant des partenariats entre les associations humanitaires internationales et les acteurs locaux, essentiellement en Afrique.

Désormais présidente de l’une des plus prestigieuses associations humanitaires du monde, créé en 1971 par le Dr Bernard Kouchner (notamment), le Dr Defourny souhaite faire de l’amélioration des droits des patients le cœur de son mandat. « Nous devons améliorer notre relation aux patients, il faut prendre le temps de lui faire comprendre son diagnostic et son traitement afin qu’il puisse s’impliquer dans sa prise en charge, comme cela se fait dans le cadre du VIH ou de la nutrition » explique-t-elle. Lors de sa récente mission au Malawi, elle a notamment insisté sur la nécessité d’apporter également un soutien financier aux malades.

A court terme, la nouvelle présidente de MSF souhaite mettre en lumière et alerter le public sur des crises humanitaires méconnus, alors que l’Ukraine retient toute l’attention des Européens. « En Ukraine, les soins de santé sont majoritairement assurés par des Ukrainiens » assure l’humanitaire, qui indique que 2 000 enfants atteints de malnutrition sont pris en charge chaque semaine au Burkina Faso et au Nigéria par MSF, dans une certaine indifférence.

Nicolas Barbet

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