Demain, la chirurgie en pilote automatique ?

Paris, le samedi 10 avril 2021 - Jusqu’où ira le développement de la chirurgie robotique ? Un monde sans chirurgien est-il en préparation ?

Ce n’est pas exactement ce que dessine Truffle Capital, un des principaux fonds européens de capital-risque dédié aux entreprises biomédicales et qui a notamment contribué au déploiement de Carmat, mais ça y ressemble. « Il y a 30 ans, les pilotes de ligne prenaient de multiples décisions lors de leur vol et dans les phases d'atterrissage. Avec l'invention du GPS puis des algorithmes d'intelligence artificielle, aujourd'hui il est possible pour l'autopilote de décoller depuis Roissy-CDG et d'atterrir à JFK à New York par temps de brouillard, sans qu'un pilote n'intervienne. Dans le domaine médical, la même révolution est en train de se dessiner. Il y a 30 ans, pour enlever un caillot responsable d'un AVC ou guérir d'un cancer de la prostate, il fallait un brillant chirurgien et son savoir-faire. Désormais, la prochaine révolution passera par la robotique autonome, puisque l'imagerie médicale couplée à des marqueurs et des biocapteurs, joueront le rôle d'un système GPS, pour guider à tout moment un robot à travers le corps humain » est convaincu le Dr Philippe Pouletty, (spécialisé en immunologie) et directeur de Truffle Capital, interrogé récemment par CNews.

Y-a-t-il un pilote dans le bloc ?

C’est dans ce cadre que Truffle Capital soutient deux nouveaux projets de développement de micro-robots. Le premier ArteDrone repose sur la mise au point de micro-robots autonomes de de 2 à 5 millimètres, dont l’utilisation serait prioritairement indiquée dans le traitement des AVC, grâce à l’utilisation couplée de l’imagerie et d’un système de guidage magnétique. Parallèlement, Truffle Capital investit dans le développement de Caranx Medical. Pour cette startup niçoise, il s’agit de cumuler les atouts de l’imagerie, des implants connectés, de la robotique et de l’intelligence artificielle. La méthode dite du machine learning est notamment à la base de ce projet de robot « intelligent ». Le dispositif doit ainsi pouvoir être capable de réaliser « seul » un certain nombre de procédures médicales standardisées. Et le chirurgien dans tout ça ? « Tel le pilote, d’Airbus, il surveillera dans son cockpit Caranx avec ses écrans de contrôle au lieu d’effectuer chaque geste chirurgical, ne reprenant la décision au robot qu’en cas de rare imprévu que l’intelligence artificielle ne saura pas gérer », prophétise Dr Philippe Pouletty, filant sa comparaison aéronautique.

Au moins, en chirurgie robotique, est-il encore permis de rêver de voler.

A.H.

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Vos réactions (3)

  • On est en pleine science fiction ?

    Le 10 avril 2021

    En aviation, la part de l'erreur humaine est souvent invoquée, sinon prouvée formellement, lors d'accident.
    Qu'en est-il en chirurgie ? La question se pose si l'on pense remplacer le chirurgien par un robot, censé ne jamais avoir de défaillance...
    On est en pleine science fiction?
    Tout récemment, un jeune chirurgien m'a posé une prothèse de hanche : tout va bien, j'ai été rassuré lors de mes 3 contacts avec lui, et par toutes les réponses à mes questions.
    Mais qu'en serait-il s'il s'agissait d'un robot?
    J'ai du mal à l'imaginer: question de génération sans doute (né en 1942).

    Dr Xavier Baizeau

  • Formation des plus jeunes

    Le 10 avril 2021

    Le Dr Philippe Pouletty semble spécialisé en immunologie et directeur de Truffle Capital : La question de la pertinence et des intérêts se pose.

    La chirurgie robotique humainement assistée en "live" voir à distance est passé dans les faits depuis plusieurs années , chez l'adulte puis chez l'enfant :

    Chen CJ, Peters CA. Robotic Assisted Surgery in Pediatric Urology: Current Status and Future Directions. Front Pediatr. 2019 Mar 26;7:90. doi: 10.3389/fped.2019.00090.

    Elle a donné l'opportunité de redécouvrir les bienfaits des interactions collaboratives interspécialités . Son impact financier , l'effet volume attenant , la situation de monopole commercial peu propice à la concurrence ont été analysés :

    Childers CP, Maggard-Gibbons M. Estimation of the Acquisition and Operating Costs for Robotic Surgery. JAMA. 2018 Aug 28;320(8):835-836. doi: 10.1001/jama.2018.9219

    Son impact architectural dans la réalisation des blocs opératoires à venir doit être anticipée

    Le bénéfice patient est avant tout centré sur celui de la navigation , du 3D , dans certaines indications ponctuelles et/ou régions frontières (Neurochir - Tumeurs)

    Le bénéfice opérateur est régulièrement rappelé : Ergonomie - Courbe d'apprentissage plus courte que la coelioscopie
    A chaque étape , les 4E ne doivent pas être oubliés : Ethique - Enthousiasme - Evidences MAIS AUSSI Enseignement :

    Ure B. Enthusiasm, evidence and ethics: the triple E of minimally invasive pediatric surgery. J Pediatr Surg. 2013 Jan;48(1):27-33. doi: 10.1016/j.jpedsurg.2012.10.013.

    Humainement assistée donc.
    La question devient celle de la FORMATION des plus jeunes praticiens et de leur aptitude à la chirurgie ouverte si l'indication ou la malchance y mettent du leur(re) : La CONVERSION.
    Les choses se préparent ... virtuellement , de plus en plus souvent :

    Sirinek KR et coll . Who Will Be Able to Perform Open Biliary Surgery in 2025? J Am Coll Surg. 2016 Jul;223(1):110-5. doi: 10.1016/j.jamcollsurg.2016.02.019.

    En d'autres termes : Qui sera capable dans 5 ans de faire ou improviser une cholécystectomie "open" "parce que ça colle" , "parce que ça traine" , " parce que la voie biliaire principale à été blessée" ?

    Dr JP Bonnet

  • Les questions du coût et de la maitrise des gestes

    Le 10 avril 2021

    Je crois qu’avec le développement de l’intelligence artificielle ces interventions IA pilotées sont possibles, par contre, c’est le silence vis à vis du coût de celles ci. Déjà maintenant il est difficile de justifier le surcoût considérable du robot (sauf quelques inters très spécifiques) les études un peu sérieuses portant sur un délai long, ne montrant pas de différence significative entre ces techniques et la pratique non robotisée. Alors l’intelligence artificielle va coûter un sérieux paquet pour un bénéfice qui sera vraiment à démontrer( et pas seulement par des études « sympathisantes »).

    Un autre élément peut poser une difficulté avec l'émergence de l'IA celle de la maitrise du geste, un ami pilote de ligne me disait que pour garder ses réflexes de pilote il faisait du planeur régulièrement, pour ma part j'ai vu un de nos jeunes, expert en coelio, patauger quand il a du ouvrir, surveiller un robot sans doute bien rassurant mais s'il faut reprendre la main? Faudra t-il imposer des heures de pratique manuelle ?

    Dr Thierry-Georges Pontus

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