Des prix loin d’être sans noblesse

Boston, le samedi 16 septembre 2023 – Comme chaque année, les prix Ig Nobel récompensent les recherches scientifiques, qui nous font « rire puis réfléchir ».

C’est un marronnier du JIM qui nous tient particulièrement à cœur, celui de couvrir chaque année la cérémonie des Ig Nobel, qui se tient chaque année dans les locaux du prestigieux Massachussets Institute of Technology (MIT) à Cambridge aux Etats-Unis. Créé en 1991, cette parodie du Prix Nobel vise à récompenser des sujets de recherche scientifique insolites qui démontrent que la méthode et la rigueur scientifique peut être utilisée pour répondre aux questions les plus absurdes ou farfelues.  L’occasion de se détendre un peu à deux semaines de l’annonce des résultats du Prix Nobel, le vrai cette fois.

Depuis 2020 et la pandémie de Covid-19, la cérémonie se déroule malheureusement par visioconférence, ce qui lui a fait perdre de son charme, la remise des prix étant auparavant l’occasion de festivités bon enfant en tout genre (chansons, lancer d’avions en papier…). Signe que la cérémonie n’est pas totalement exempte de sérieux (ou plutôt que les grands scientifiques ne sont pas totalement dénués d’humour), ce sont comme chaque année de « vrais » Prix Nobel qui ont remis les prix. Ardem Patapoutian, Prix Nobel de médecine en 2021 et Peter Doherty, lauréat du même prix en 1996, ont notamment participé à la cérémonie.

Le mystère des poils de narine enfin résolus

Le Prix Ig Nobel de médecine a ainsi été remis à un groupe de chercheurs de l’université de Californie qui, dans une étude publiée dans le Journal of the American Academy of Dermatology ont souhaité répondre à une question qui tourmente l’humanité depuis des siècles : a-t-on autant de poils dans chacune de nos narines ? Conscient de l’importance de leur recherche pour l’avenir de la science, les chercheurs ont utilisé une méthode peu orthodoxe pour répondre à cette question, puisqu’ils ont compté le nombre de poils de narine…chez des cadavres.

Les catégories récompensées lors de cette cérémonie loufoque changent chaque année au gré des lubies de Marc Abahams, mathématicien américain et fondateur des Ig Nobel. Cette année, un Prix de la Santé publique a été attribué. Il a été décerné au Dr Seung-min Park, un chercheur sud-coréen exerçant à la prestigieuse université américaine de Stanford (comme quoi les lauréats des Ig Nobel ne sont pas que des scientifiques ratés) pour une invention qui peut faire sourire mais qui n’est sans doute pas sans intérêt sanitaire (c’est le cas de le dire) : le Dr Park a en effet créé des toilettes intelligentes qui permettent d’analyser l’état de santé de l’utilisateur-patient via l’analyse de son urine et ses excréments.

Les « toilettes de Stanford » ou « Precision Health Toilet (PH Toilet) contiennent tout une variété d’outils permettant de monitorer l’état de l’utilisateur pendant sa petite ou sa grosse commission, tel une bandelette urinaire, un logiciel d’analyse des excréments, un lecteur d’empreinte anale (car comme les empreintes digitales, l’empreinte anale serait unique chez chaque individu !), le tout orchestré par l’intelligence artificielle, afin de pouvoir faire un diagnostic global de l’état du patient. La dernière version des PH Toilet permet même, par analyse des excréments, de déterminer si la personne a été précédemment contaminée par la Covid-19 et le Dr Park souhaite désormais y intégrer un détecteur des biomarqueurs de certains cancers.

Prix stupide pour toilettes intelligentes

Ces toilettes (dont on serait presque tenté de penser qu’elles mériteraient le vrai Prix Nobel) ont fait l’objet de plusieurs publications dans la prestigieuse revue Nature. « Mon invention pourrait devenir une partie intégrante d’une nouvelle ère dans la santé publique » commente le Dr Park, qui bien qu’il prenne ses recherches très au sérieux, a eu l’amabilité de participer à la cérémonie des Ig Nobel et de recevoir son prix.

Bien que les autres récompenses du jour aient un rapport moins direct avec la médecine, on ne peut résister à en évoquer certaines, comme le prix de géologie, attribué à une étude qui essaye de déterminer pourquoi les géologues aiment lécher les pierres, celui de communication, pour des chercheurs ayant scruté l’activité cérébrale des personnes capables de parler à l’envers ou encore celui de psychologie, qui récompense une étude de 1969 qui essaye de déterminer dans quel mesure un passant qui aperçoit quelqu’un lever la tête sera tenté de faire la même chose. Le prix de l’éducation pourrait par ailleurs grandement intéresser les étudiants en médecine, puisqu’il tente de mesurer scientifiquement l’ennui ressenti par les enseignants et les élèves à l’université.

Si les récipiendaires du prix Ig Nobel ne recevront pas 10 millions de couronnes suédoises (environ 840 000 euros) comme les récipiendaires du Prix Nobel, ils repartent tout de même avec un joli chèque de 10 000 milliards d’anciens dollars zimbabwéens (une monnaie qui n’a plus cours depuis 2009) soit l’équivalent de…3 centimes de dollars américains.

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • Merci !

    Le 16 septembre 2023

    Merci au JIM pour ce marronnier annuel !
    Bien loin de la folie de ce monde, seul l'humour nous sauvera, par exemple, des méditations sur la gynécologie transgenre et le sexe des anges (il n'en n'ont pas, c'est prouvé depuis Constantin XI).
    Aucune critique ici.
    Mais, au contraire, un remerciement pour ce retour au réel dans cet article sur les prix Ig Nobel.
    Car l'humour, au final, n'est-il pas le propre de l'Homme ? Quelle autre espèce animale que la nôtre est capable d'humour ?
    Mais j'aimerai bien savoir pourquoi les géologues aiment lécher les pierres ?

    Dr T. Heimburger

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