Est-il dangereux pour un chirurgien d’exposer son anatomie ?

Paris, le samedi 1er août 2020 - La rétractation d’article est un acte symbolique fort, à travers lequel une revue ou des auteurs reconnaissent leur erreur, voire leur faute, intentionnelle ou pas. On sait que la rétractation d’article est loin d’être automatique, et ce défaut confirme sa valeur politique et stratégique, plus encore que son inscription dans une démarche éthique et scientifique. L’exemple cette semaine du Journal of Vascular Surgery confirme cette appréciation. Il y a une dizaine de jours, la revue remettait en avant dans son numéro du mois d’août un article préalablement publié en décembre proposant d’analyser la « prévalence de contenus non professionnels émanant de jeunes chirurgiens vasculaires sur les réseaux sociaux ». Dans cette petite digression estivale, tranchant avec les habituels articles sur les techniques chirurgicales et autres complications valvulaires ou thrombotiques, les auteurs se montraient plutôt critiques vis-à-vis des chirurgiens n’hésitant pas à adopter sur Instagram ou Facebook des « poses provocantes en bikini » ou à « consommer de l’alcool ».

Maillots de bain militants

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que Twitter s’empare de cet article et en dénonce la misogynie intrinsèque ; les femmes semblant en effet prioritairement visées même si 32 % des profils internet étudiés seulement concernaient des chirurgiennes. Plusieurs dizaines de médecins, principalement des femmes et notamment aux Etats-Unis (mais quelques Françaises s’y sont également adonnées) ont en guise de représailles posté des photos en maillot de bains échancrés, parfois avec un appétissant cocktail à la main pour proclamer que l’on pouvait porter des bikinis, boire (modérément) en vacances et être un médecin compétent et sérieux.

Se méfier du miroir d’internet : une leçon à d’abord s’appliquer à soi même

Le succès rencontré par le mot dièse Medbikini a apparemment conduit les auteurs à la prise de conscience. Alors que la rétractation de l’article a été annoncée hier, l’un de ses principaux auteurs, Thomas Cheng s’est expliqué : « Nous sommes désolés d’avoir donné le sentiment de cibler les jeunes chirurgiens et d’avoir porté des jugements ». Le Journal of Vascular Surgery a pour sa part regretté que les responsables de l’étude aient utilisé des données sans obtenir l’autorisation des propriétaires des comptes et a sur le fond observé que les auteurs avaient échoué à mettre en évidence le poids des « préjugés conscients et inconscients » dans le choix des patients, quand ils découvrent la vie de leur médecin sur les réseaux sociaux. Même si la démonstration n’est en effet pas parvenue à éviter les maladresses et a plus certainement mis en avant les a priori des auteurs que ceux des patients, l’objectif premier était en effet de mettre en garde les chirurgiens quant aux effets potentiellement délétères de leur exposition sur internet, de plus en plus utilisés par les patients pour « évaluer » leur praticien.

Si on pourra donc déplorer cet exercice raté, mais se réjouir de la joyeuse réaction de nombreux médecins, on peut également regretter que contrairement à ce qu’avait imaginé un utilisateur de Twitter, cette étude n’ait pas été une expérience de psychologie destinée à examiner les réactions sur les réseaux sociaux… mais une étude prenant ses distances avec les réseaux sociaux !

Aurélie Haroche

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