Faut-il isoler les compotes de pommes ?

Vienne, le samedi 19 décembre 2020 – Plusieurs pays et de nombreuses collectivités locales optent pour un dépistage de masse à l’aide de tests antigéniques, malgré une sensibilité moindre que celles des RT-PCR. 

C’est le cas de l’Autriche qui entend, comme en Slovaquie, dépister toute sa population à l’aide de ces tests.

« Un cas de coronavirus à la chambre »

Mais pour le FPO (Parti libéral autrichien, classé à l’extrême-droite) ils sont tout bonnement défectueux.

C'est en tout cas ce qu'a voulu prouver un député de ce mouvement, Michael Schnedlitz,  qui en pleine séance du Conseil National autrichien (chambre basse du parlement) a « testé » un verre de Coca-Cola.

Après avoir versé une goutte sur la bandelette, il assure que le résultat est positif. « Nous avons un problème : il y a un cas de coronavirus à la chambre », ironise-t-il, brandissant le résultat devant les élus, avant de conclure que ces tests  n’auraient été introduits que pour gonfler le nombre des personnes positives et terroriser la population avec la Covid-19.

Quelques heures plus tard, une vidéo postée sur internet semblait accréditer la thèse du député FPO, avec le test antigénique positif d’une compote de pommes !

Une histoire de PH mais pas à l’hôpital

Dans le cas du coca-cola, le test a tout simplement été mal réalisé.

C’est en tout cas ce qu’explique le laboratoire Dialab, fabricant du produit incriminé, sur les réseaux sociaux. Il note que le député autrichien a omis une étape cruciale : tremper l’écouvillon dans une solution qui doit permettre de « stabiliser le pH de l'échantillon ».

« C'est ce liquide qui est ensuite égoutté sur la bande », précise le fabricant. Sans cette étape, l'acidité de la boisson (pH de 2,5 pour le Coca) est donc venue perturber le test supposée reconnaître le SARS-CoV-2. « Si vous aviez utilisé le test correctement, comme décrit dans le texte ci-joint, il serait négatif » interpelle ainsi le fabricant.

Concernant la vidéo de la compote de pommes, l’explication apparaît plus complexe, aucune étape n’ayant été oubliée. 

Il s'agit  d'un test manufacturé par MEDsan. Contacté par l’AFP, le porte-parole de cette firme souligne qu'il n'était pas possible de dire si le test avait été effectué de manière appropriée : « Nous ne savons pas si la personne vue dans la vidéo est infectée par le coronavirus et si le test a été stocké correctement », explique-t-il.

Le lave-vitre et la confiture de fraise sur le banc des accusés

Manifestement troublée, l’entreprise MEDsan a tout de même réalisé une expérience. Deux employés (RT-PCR négatifs), ont testé un désinfectant, de la confiture de fraise, du lave-vitre, des pommes et du jus de pomme. Les résultats ont montré un résultat positif pour le désinfectant, la pomme et la confiture de fraise.

Mais pour le fabricant, ces résultats ne contredisent pas la fiabilité de son dispositif : « Notre tâche est de nous assurer que le test fournit des résultats fiables chez l'homme. L'appliquer à des produits alimentaires ne signifie pas qu'il y a un doute sur sa validité pour détecter le Sars-CoV-2 », explique l'entreprise.

MEDsan ajoute aussi que la solution censée stabiliser le pH de l’échantillon « n'est pas capable de neutraliser de grandes quantités d'acide, comme ceux contenus dans une pomme ».

Mais « restons prudent », inviter une compote de pommes au dîner du réveillon semble contrevenir au principe de précaution.

F.H.

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