Fourberie des cookies, c’est pas du gâteau !

Paris, le samedi 6 octobre 2018 – Toutes les tentatives pour accroître la transparence et lutter contre les corruptions se heurtent au risque d’actions excessives, voire contre-productives ; ce qui ne remet nullement en cause la légitimité des actions entreprises. Dans la littérature scientifique et médicale, longtemps ignorée, la lutte contre le plagiat et les conflits d’intérêt représente aujourd’hui pour beaucoup une priorité. Cependant, dans certains cas, la traque relèverait plus du systématisme aveugle et imbécile que de l’investigation pertinente et justifiée.

Plagiat : limite fixée à 15 % !

Le néphrologue auteur du blog Perruche en automne rapporte ainsi sur son blog comment un article soumis par un de ses étudiants a été refusé par l’éditeur d’une revue qui estimait comme trop nombreuses ses similitudes avec d’autres données. Analysé grâce à l’algorithme iThenticate, le manuscrit a été considéré à 34 % comme le plagiat de précédentes publications. Or, la revue, indique-t-elle, s’est fixée comme limite de ne pas dépasser les 15 % !

Absence de conflit d’intérêt plagiée !

Convaincu, pour l’avoir rigoureusement encadré, que l’étudiant ne pouvait avoir produit un papier relevant pour pratiquement un tiers d’un recopiage, le praticien a demandé les résultats détaillés de l’analyse. Il a ainsi pu d’abord observer que dans la majorité des cas, les emprunts se limitaient à quelques mots (93 pour le site internet considéré comme le plus fortement "copié"). Puis, au-delà du fait qu’il ne considère pas parfaitement légitime de mettre au même niveau les « articles et les données trouvées sur le web (même sur le site des éditeurs) », le médecin blogueur a pu constater que les "plagiats" reprochés relèvent de l’absurde. Il met ainsi en évidence comment a été considérée comme une copie la citation du nom du centre de néphrologie et de l’adresse de ce dernier (nom et adresse présents dans un article publié par le même centre et cité par l’étudiant !). Plus frappant encore, la déclaration d’absence de conflit d’intérêt est épinglée : « Oui nous touchons le fond, il s’agit de la déclaration de conflit d’intérêt et de financement. Le truc qui est toujours le même. Tout le monde écrit toujours la même chose ». Outre ces points presque ubuesques, l’auteur du blog Perruche en automne note combien, pour les articles scientifiques tout au moins, la recherche du plagiat ne peut se limiter à la traque des expressions similaires. Car « Quand vous donnez la définition de la maladie rénale chronique en citant une référence, il y a des chances pour ne pas dire une certitude que ce soit équivalent à ce qui a déjà été utilisé », note-t-il avant plus loin de s’interroger : « Comment voulez-vous ne pas reprendre « "that cardiovascular events"? ».

Une intelligence trop artificielle pour être pertinente

Face aux limites de ces analyses informatisées, le praticien qui rappelle être « convaincu qu’il est important de lutter contre le plagiat » se courrouce cependant : « Quand je vois le résultat de l’utilisation du logiciel sur mon travail, je suis surpris pour ne pas dire outré (…). Cette utilisation du logiciel est ridicule pour ne pas dire complétement dépourvu de sens. Si tout le monde utilise ce genre d’outils de cette façon je ne suis pas surpris qu’on annonce un tel volume de plagiats ». A travers cette dénonciation, on voit bien les limites de la tentation de s’en remettre trop souvent à des outils informatiques, plébiscités pour leur partialité. Même dans des domaines où il est essentiel de limiter les risques d’une "corruption" par les affects et les intérêts humains, l’intelligence artificielle ne saurait en effet (tout ou moins dans cet exemple) remplacer la finesse et l’intelligence humain. Le risque est en effet, face à des résultats aussi absurdes et révoltants, d’aboutir à une remise en cause des actions pourtant légitimes mises en œuvre.

Faut-il renoncer à l’évaluation de ses maîtres ou de ses étudiants en raison des risques d’influence ?

En est-il de même face à la lutte contre les conflits d’intérêts ? Un autre post récent du blog Perruche en Automne invite également à la réflexion dans ce domaine. Le néphrologue revient sur les résultats d’une étude allemande ayant consisté à évaluer l’influence des cookies sur l’évaluation des professeurs par leurs étudiants. Le praticien rappelle d’abord : « L’évaluation des cours par les étudiants est devenu dans de nombreux pays un outil de mesure de la qualité des enseignants. Le corollaire est l’impact de ces évaluations sur la carrière, le salaire, voire la nomination. Les facteurs non pédagogiques influençant la note finale est un sujet à débat sans fin, qui pousse certaines facultés à renoncer à cet outil. La note obtenue à l’évaluation, le sujet du cours, le coté sexy de l’enseignant, le genre de l’enseignant, la taille de la classe, la bonne entente dans la classe, par exemple ont un impact sur la note qu’aura le professeur » remarque-t-il sans que l’on sache si l’auteur considère comme regrettable ou non de se passer de l’évaluation par les étudiants en raison de ces limites (limites qui existent également dans le cas de l’évaluation des étudiants par les professeurs, mais qui n’ont pourtant pas conduit à y renoncer, tout au moins aussi rapidement !).

Cookies aux pépites de chocolat

Et quid des petits gâteaux qu’un professeur pourrait apporter à ses étudiants ? Les chercheurs allemands ont mis cette question au menu de leurs recherches. Ils ont constitué 20 groupes d’étudiants, auxquels était dispensé par deux professeurs le même cours sur le syndrome coronarien. Chaque professeur a ainsi délivré son enseignement à « cinq groupes cookie et cinq groupe contrôle chacun ». Résultats au moment de l’évaluation des professeurs par les étudiants : « Les gâteaux influencent les réponses, la note est meilleure dans le groupe cookie de façon globale et pour les questions concernant la qualité de l’enseignant et la qualité du support de cours. En analyse multivariée, si on met dans le modèle, le genre de l’étudiant, l’IMC (rapport aux cookies sans doute, ndrl), l’âge, le professeur A ou B, et les gâteaux, seuls les cookies au chocolat ont un impact sur la note finale de l’évaluation. Le don de pâtisserie joue sur 6,3 % de la variation de la note finale. C’est peu mais significatif » résume l’auteur de Perruche en automne. Mais ce dernier, un brin moqueur, évoque des biais et notamment, outre le fait que les étudiants n’aient pas été alertés de l’existence de l’étude, tandis que les professeurs eux la connaissaient (et n’ont-ils pas tenté d’influencer les résultats en se montrant plus ou moins performants en fonction de la présence ou non des cookies ?), l’idée que « le chocolat peut influencer l’humeur », ce qui lui fait noter qu’il ne serait pas inutile de comparer avec des « pommes » ! Dès lors, faut-il militer pour l’absence de produits gras et sucrés amenés par les professeurs. « Je lance le mouvement "No free cookies"» propose le praticien. Au-delà de la plaisanterie, cette étude pourrait inviter à s’interroger sur l’impossibilité de complétement éliminer toute influence ; car ces possibles influences se retrouvent partout, y compris dans ce qui ne constitue pas forcément un présent. « Les cadeaux ne sont pas seuls en cause, nos convictions scientifiques, morales, éthiques jouent aussi beaucoup » relève ainsi en introduction Perruche en automne qui en conclusion propose : « Pour ceux qui en doutaient encore, le petit cadeau a une influence sur notre jugement (…). Nous devons en être conscients. Chacun est libre ensuite d’accepter ou pas cette mise sous influence ».

Pas sûr que cette affirmation soit partagée par tous mais pour ceux qui au-delà de ce qui a déjà été copié dans cet article pourraient avoir envie d’être influencés par la plume de Perruche en automne, vous pouvez lire :
http://perruchenautomne.eu/wordpress/?p=5852
et http://perruchenautomne.eu/wordpress/?p=5873

Aurélie Haroche

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