Géographie et oncologie ne font pas bon ménage

Ceci n’est pas le Kurdistan

Paris, le samedi 25 juin 2022 – Quatre mois après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce sont près de 100 000 Ukrainiens qui ont trouvé refuge en France. Parmi eux, des personnes malades ou des femmes enceintes prises en charge gratuitement par notre système de santé. En effet, à la suite d’une décision de l’Union Européenne du 4 mars 2022, tous les réfugiés ukrainiens bénéficient du mécanisme de la protection temporaire, qui leur assure notamment un accès gratuit aux soins dans tous les Etats membres de l’Union. Encore faut-il, pour pouvoir bénéficier de cette protection, en faire la demande et surtout que cette demande soit correctement traitée par les autorités françaises, ce qui ne vas pas forcément de soi, comme l’a appris à ses dépens Vitalii Sativaldiev.

Ce ressortissant ukrainien est entré en France le 11 mai dernier, rejoignant sa famille qui s’y était réfugié depuis deux mois, au début de la guerre. Souffrant d’un cancer, Vitalii s’est résigné à quitter l’Ukraine afin de bénéficier de l’ablation d’une tumeur, au départ programmé dans un hôpital de Kiev mais devenu impossible en raison des combats. Détail qui a son importance, Vitalii est né au Kirghizistan qui, au moment de sa naissance, faisait partie, tout comme l’Ukraine, de l’Union Soviétique, mais habite bien à Kiev depuis 40 ans.

Les pays en stan, une source de confusion inépuisable

Au lendemain de son arrivée sur le territoire français, Vitalii s’est rendu à la préfecture pour faire sa demande de protection temporaire et bénéficier de soins gratuits. Là, le préposé a confondu le Kirghizstan avec le…Kurdistan, une région non indépendante à cheval entre l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie. Après les horreurs de la guerre, la famille de Vitalii découvre ainsi les affres de l’administration française. « Je leur ai dit qu’il y avait une erreur, que c’était bien le Kirghizstan et non le Kurdistan, mais ils m’ont dit : non, tout va bien, ça s’écrit comme ça » raconte la fille de Vitalii.

Cette dramatique erreur géographique de plusieurs milliers de kilomètres a bien évidemment fortement retardé l’examen du dossier de Vitalii. Mais alors que l’administration française patine entre les divers pays d’Asie Centrale, la maladie de Vitalii progresse. « Tout ça c’est du temps perdu pour les soins, c’est absurde, on est humiliés » s’emporte Lyussya, épouse de Vitalii et elle-même infirmière. Vitalii s’est finalement résolu à suivre, à ses frais une chimiothérapie à l’hôpital Saint-Joseph.

Finalement, plus d’un mois après l’arrivée de Vitalii en Ukraine et grâce à la médiatisation de l’affaire par Franceinfo, l’Assurance maladie a annoncé ce lundi que la situation de Vitalii avait été régularisé et qu’il pourra bien se faire opérer gratuitement prochainement. Reconnaissant ainsi du même coup que le Kirghizstan et le Kurdistan ne sont pas les mêmes pays.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (1)

  • Un réfugié...

    Le 25 juin 2022

    ... reste un réfugié, pour la médecine cela doit être absolument la même chose et TOUS les réfugiés doivent bénéficier du même accueil, ainsi que du même accès aux soins. Nous sommes médecins ou politiciens à deux balles.

    Dr Foudil Hadji

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