La Chine seule contre tous

Pékin, le jeudi 12 mai 2022 – La Chine est de plus en plus critiquée pour sa politique zéro-Covid drastique, mais elle ne semble prête à aucun infléchissement.

C’est une prise de position inattendue qu’a adopté l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ce mardi. Lors d’une conférence de presse, le directeur général Tedros Ghebreyesus a en effet déclaré que la stratégie zéro-Covid adopté par la Chine n’était « pas soutenable » et que Pékin devait désormais adopter une « stratégie différente ».

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, l’OMS avait pourtant toujours défendu la politique chinoise, érigée comme un modèle à suivre, à tel point que certains accusaient l’agence onusienne (et son directeur général) d’être dans la main du parti communiste chinois.

S’il reconnait que cette stratégie a permis de limiter l’impact de l’épidémie en Chine (officiellement, seulement 5 200 personnes y ont perdu la vie du fait du virus !), le directeur de l’OMS rappelle que les mesures sanitaires doivent être prises « dans le respect des individus et des droits humains ». Surtout, il estime que cette politique n’est plus adaptée « au comportement du virus à l’heure actuelle et celui que nous prévoyons dans le futur ».

Autrement dit, la politique zéro-Covid, qui repose sur des dépistages massifs et des confinements stricts, était peut-être efficace face aux précédents variants du Sars-Cov-2 et alors que la population n’était pas immunisée (ni naturellement ni après vaccination), mais elle ne l’est plus pour lutter contre Omicron, à la fois plus contagieux et moins pathogène et circulant dans une population non « naïve ».

« Des propos irresponsables » selon Pékin

La critique de sa stratégie par l’OMS a été très peu appréciée par les autorités chinoises. Dans un communiqué, le ministère des affaires étrangères a demandé au directeur de l’OMS d’adopter « un regard objectif et rationnel sur la politique chinoise de prévention et de contrôle de l’épidémie » et de « s’abstenir de tenir des propos irresponsables ».

Toute référence aux propos de Tedros Ghebreyesus a été immédiatement censurés sur les réseaux sociaux chinois. A la place, le journaliste Hu Xijin, très proche du pouvoir, a publié sur son compte Weibo, qui compte plus de 24 millions d’abonnés, une étude de l’université Fudan de Shanghai selon laquelle l’abandon de la politique zéro-Covid conduirait à la mort de 1,6 millions de Chinois.

Si la stratégie zéro-Covid de la Chine a un temps été loué par les scientifiques occidentaux, elle est de plus en plus décriée pour son caractère disproportionné et attentatoire aux libertés. Plusieurs pays se sont plaints dernièrement de la manière dont sont traités leurs ressortissants habitant en Chine. Ce mardi, le président Emmanuel Macron a ainsi demandé au leader chinois Xi Jinping de « tenir compte des préoccupations de la communauté française » en permettant aux expatriés de rentrer en France et « en évitant, quelles que soient les circonstances, de les séparer de leurs parents ».

26 millions de personnes enfermés à Shanghai

Mais le parti communiste chinois n’a que faire de ces critiques. Pour Pékin, la stratégie zéro-Covid est un « atout majeur » et le président Xi Jinping a rappelé jeudi dernier qu’il n’était pas question d’infléchir cette politique. « Nous devons combattre résolument toute parole et tout acte qui déforme interroge ou remet en question notre politique de prévention de l’épidémie » a indiqué le bureau politique du parti.

Pour rappel, les 26 millions de résidents de Shanghai sont soumis à un confinement strict depuis six semaines, sans aucune date de fin annoncée. Dans certains quartiers, les habitants ont l’interdiction de quitter leur appartement et sont ravitaillés au compte goute par les services municipaux. Les Shanghaiens sont soumis à des dépistages fréquents, tout test positif (et même parfois un test négatif) conduisant à un isolement forcé de 14 jours. Dans des scènes dignes de film de science-fiction, les habitants sont surveillés par des drones et des robots qui leur intiment l’ordre de rester chez eux.

Pékin, où les contaminations augmentent et où le télétravail a été rendu obligatoire ce lundi, pourrait bientôt subir le même sort. Une politique démesurée donc qui, au-delà de la question des droits de l’Homme, altère grandement l’économie chinoise et donc mondiale.

Nicolas Barbet

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