La startup nation au chevet de l’hôpital

Paris, le samedi 19 novembre 2022 - En 2017, le candidat Macron avait esquissé un rêve : celui de faire de la France une « startup nation ». Cette nouvelle frontière s’étend désormais jusqu’aux établissements de santé qui ont de plus en plus recours à des « startup » pour gérer les parcours de soins.

A l’AFP, Roderick Ballan, patron et fondateur de MedBed 360 explique que c'est en écoutant sa femme, anesthésiste-réanimatrice en Alsace, lui raconter au printemps 2020, en pleine crise du Covid, les appels incessants d'autres établissements pour savoir si elle avait des « lits disponibles » qu’il a imaginé son produit.

Sa plateforme consiste à gérer et partager en temps réel les lits d’un établissement pour donner une flexibilité intra et inter hospitalière sur les lits disponibles et apporter une visibilité aux services d’urgence et au SAMU. « Nous sommes dans une société connectée et de partage et désirons transmettre cette idée au monde de la santé. Informés en temps réel sur les disponibilités, les soignants trouveront un lit pour un patient en quelques secondes, réduiront le temps de travail administratif et pourront notamment désengorger les urgences » expliquait l’entrepreneur à l’Usine Nouvelle en décembre 2020.

« J'ai fait le constat que la communication entre les hôpitaux était inexistante », raconte encore Roderick Ballan, ingénieur biomédical de formation. Quatre hôpitaux du Grand Est ont depuis souscrit à cette solution accessible aux établissements de santé, au Samu et aux agences régionales de santé.

Autre exemple en région parisienne, l'hôpital Foch de Suresnes qui s’est tourné vers My Hospitel pour mettre au point une plateforme d'hébergement hospitalier qui recense les chambres disponibles auprès d'hôtels partenaires, pour les patients à la veille d'une hospitalisation ou leurs proches. « L'objectif est de libérer des lits au sein de l'hôpital pour accueillir d'autres patients, notamment venant des urgences », détaille Philippe Guymarho, directeur des projets à l’hôpital.

On pourra encore citer Happytal, présent dans plus de 400 structures, un service de conciergerie pour les patients leur permettant de faire leur préadmission ou leur demande de chambre individuelle en ligne.

L’arche de Noé prend l’eau


Mais l’intrusion de ces jeunes pousses à l’hôpital est loin d’emporter l’adhésion. Selon le guide Hospi'up, élaboré en 2021 par la Fédération hospitalière de France pour mettre en relation hôpitaux et start-up, « 72 % des établissements n'ont jamais travaillé avec une start-up » et « 60 % des start-up ont rencontré des difficultés à travailler dans un centre hospitalier ».

Symbole des déboires de la « start-up nation » à l’hôpital : l’aventure Noé Santé, qui promet sur son site « d’accompagner les patients pour leur retour à domicile » et « d’optimiser la durée moyenne de séjour des patients ».

D’abord limité au service orthopédie de l’hôpital européen Georges Pompidou (HEGP), le « dispositif Noé Santé » a ensuite été étendu à cinq établissements parisiens. Au total, la start-up touche 4 000 euros pour chaque hôpital dont elle gère le flux de patients, plus une prime de 150 euros pour chaque patient « foutu dehors » ironise un médecin interrogé au printemps par les journalistes du Canard enchainé. Le tout dans la limite de 960 000 euros par an.

Une somme qui parait exorbitante quand on sait qu’il existe déjà des dispositifs publics qui prennent en charge le retour à domicile des patients, comme le service « Prado », qui dépend de l’Assurance maladie.

Malgré les critiques des médecins et des syndicats, Noé Santé est un acteur qui prend de plus en plus de place au sein de l’AP-HP, y compris physiquement, puisque la société a même installé ses bureaux au sein de l’HEGP et de l’hôpital Cochin. L’entreprise a également accès au logiciel Orbis, qui contient le dossier médical de tous les patients pris en charge par l’AP-HP. Du « délire » s’indignait auprès du palmipède le syndicat Force Ouvrière.

Un « délire » qui pourrait bien perdurer dans les années à venir…

F.H.

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Vos réactions (2)

  • Pardon

    Le 19 novembre 2022

    Le jour où quelqu'un reviendra intelligemment à des activités manuelles, nous cesserons peut-être avec les start-up "conneries" (voir ce qui arrive a lily, merci Musk).
    Je suis de l'ancien monde et heureux de mourir avant d'avoir vu ces âneries.

    Pr André Muller

  • Privatisation

    Le 19 novembre 2022

    Nous assistons donc bien à la privatisation des missions autrefois remplies par l'hôpital public.
    Lorsque j'étais étudiant infirmier dans les années 90, on nous apprenait à préparer la sortie du patient, toutes ces choses.
    Par contre effectivement le cloisonnement entre les services m'a toujours frappé, mais là c'est dans la structure administrative même qu'il eût fallu agir.
    Choix qui n'ont été faits par aucun gouvernement, pour aboutir à l'avènement de la startup nation hospitalière, qui sans nul doute, ne va pas coûter moins cher pour le même accès au soin, bien au contraire, chacun devant toucher sa part du gâteau.

    L Saint-Martin, IDE

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