Le confinement a-t-il vraiment permis de sauver 60 000 personnes en France ?

Paris, le jeudi 23 avril 2020 - La réduction de la circulation des virus grâce à la limitation des contacts sociaux est indiscutable. Dans ce cadre, le confinement, qui invite à restreindre le plus possible les échanges, a nécessairement un impact sur l’épidémie et par conséquent sur le nombre de morts. Au-delà de ce principe général très simple, il est bien plus complexe d’évaluer de façon précise les effets comparés des mesures de confinement total et de confinement partiel ou encore d’évaluer le nombre précis de décès qui pourrait avoir été évité grâce à tel ou tel dispositif.

Au moins 100 000 admissions en réanimation sans confinement !

Plusieurs exemples l’ont déjà mis en évidence, les modélisations présentent certaines limites (si ce n’est des limites certaines) notamment parce qu’elles ne parviennent pas nécessairement à anticiper les dynamiques propres des épidémies, qui ont jusqu’à aujourd’hui résisté aux abstractions mathématiques même les plus sophistiquées. Cette réserve doit probablement demeurer à l’esprit à l’heure d’apprécier les estimations présentées par une équipe de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) publiées sur son site (et non pas encore dans une revue après relecture par les pairs). Ces travaux reposent sur l’établissement d’un modèle tentant de prédire le nombre d’hospitalisations et de décès qui auraient pu survenir en France en l’absence de confinement. Selon eux, estimant qu’entre le 19 mars et le 19 avril, 23 % des Français auraient été infectés par SARS-CoV-2 (14,8 million de personnes), le système hospitalier français aurait dû prendre en charge 587 730 hospitalisations, dont 140 320 admissions en soins intensifs, tandis que le nombre de lits de réanimation nécessaires aurait atteint 104 550.

Un taux d’hospitalisation peut être un peu surévalué

Ainsi ces estimations paraissent confirmer que le dépassement des capacités de réanimation aurait été cataclysmique. Le modèle de l’EHESP évalue ainsi à 61 739 le nombre de décès hospitalisés qui pourrait avoir été évité au cours d’un mois de confinement. Ce chiffre ne tient cependant pas compte d’une part des décès liés aux possibles défauts de prise en charge provoqués par l’étranglement des services et d’autre part à la mortalité qui aurait été probablement accrue dans les Établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) en absence de confinement. « Ces résultats enterrent définitivement l’idée qu’on aurait pu laisser le virus se propager, en se disant : une fois qu’on l’aura tous eu, on sera débarrassé », remarque Pascal Crépey, responsable de l’étude, cité par Le Monde. On notera cependant que les auteurs évaluent à 3,9 % le taux d’hospitalisation des patients infectés, alors que les données publiées par l’Institut Pasteur cette semaine évoquent plus certainement un taux de 2,6 % ce qui dans l’hypothèse d’une infection par SARS-CoV-2 de 14,8 million de personnes conduirait à 384 800 hospitalisations et un nombre plus réduit d’admissions en soins intensifs (autour de 70 000). Par ailleurs, ce modèle ne permet pas de déterminer si un confinement limité aux personnes les plus âgées et les plus fragiles n’aurait pas permis d’éviter un nombre équivalent de décès qu’un confinement strict.

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Aurélie Haroche

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