Le Gouvernement souhaite-t-il la fin des professions libérales de santé ?

Paris, le samedi 23 décembre 2022 – Un nouvel avenant à la convention régissant les rapports entre les kinésithérapeutes et la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) vient d’être signé. Cependant, seul un syndicat sur trois l’a entériné. Deux points majeurs suscitent l’opposition des deux autres organisations qui avaient pourtant initialement choisi de faire front commun : d’une part la faiblesse des indemnités de déplacement et d’autre part l’étalement des revalorisations sur trois ans, calendrier qui compte tenu de la probable persistance de l’inflation risque « d’annuler les effets » de l’augmentation, comme le dénonce dans cette tribune le président du syndicat Alizé, François Randazzo.

Par François Randazzo, Président du syndicat de kinésithérapeutes Alizé

Le 2 décembre dernier, pressée de conclure un cycle de négociations conventionnelles entamé il y a onze mois avec les organisations syndicales représentatives des kinésithérapeutes, la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) a présenté ses propositions.

Or, force est de constater que le compte n’y est pas et plusieurs points de crispation demeurent entre la profession et la CNAM.

Pourtant, afin de défendre au mieux les intérêts de leur profession, les trois syndicats avaient fait le choix inédit de proposer des revendications communes, respectueuses des enjeux de santé publique ainsi que des contraintes financières de l’Assurance-maladie.

Aujourd’hui, bien que l'un des syndicats ait décidé de signer cet avenant, les deux autres y demeurent opposés, portés par les consultations respectives qu’ils ont menées auprès de leurs adhérents.

Le premier point de désaccord concerne les prises en charge à domicile qui n’ont pas fait l'objet de mesures suffisamment ambitieuses.

Avec une indemnité de déplacement comprise entre deux euros cinquante et quatre euros en fonction des pathologies, beaucoup de patients ne parviennent pas à trouver des kinésithérapeutes pour se rendre à leur chevet.

Nous demandons un alignement des différentes indemnités de déplacement et une revalorisation raisonnable de celles-ci à hauteur de cinq euros.

Cette mesure serait de surcroît source d’importantes économies puisque les personnes qui ne peuvent pas être prises en charge à domicile, sont transportées en ambulance jusqu’au cabinet de leur praticien pour un prix cinq à dix fois supérieur.

Le calendrier de la discorde

Mais c’est un autre point de discorde qui cristallise toutes les tensions entre les kinésithérapeutes et la CNAM, à savoir le calendrier d'application des revalorisations.

Si le montant de l'enveloppe globale proposée permettrait aux kinésithérapeutes de rattraper le retard pris, sa mise en application sur trois ans aurait pour conséquence d’en annuler les effets par la persistance du contexte inflationniste avant même qu’elles ne s’appliquent.

Alors que les kinésithérapeutes ont déjà perdu 18% de leurs revenus à euro constant au cours des 15 dernières années, le montant des revalorisations prévues pour 2023 ne couvre même pas l'inflation subie en 2022. Pendant ce temps, la CNAM communique sur le montant de l’enveloppe qui atteint « un demi-milliard d’euros par an » sans préciser qu’il faudra trois ans pour que l’enveloppe atteigne sa pleine utilisation.

Avec un tarif de séance égal à 16,13€ bruts pour l’acte le plus couramment utilisé, les kinésithérapeutes sont à l’opposé de l’image embellie que l’on peut avoir de cette profession.

Face à l’envolée des prix des loyers, du matériel et du coût de l'énergie, les kinésithérapeutes sont inquiets quant au devenir de leur profession et à la pérennité de leurs cabinets.

Plus grave encore, les kinésithérapeutes redoutent une baisse de la qualité des soins s’ils se retrouvent contraints de multiplier les actes pour s’en sortir. L’allongement continu de l'amplitude de travail hebdomadaire n'est d’ailleurs pas sans conséquences sur la santé des kinésithérapeutes eux-mêmes, de plus en plus victimes de burn-out.

Malgré ces difficultés nous continuerons de prendre nos responsabilités concernant l’amélioration de l’accès aux soins dans « les déserts médicaux ». À cet égard, nous sommes prêts à accepter la remise en question sans précédent de notre liberté d’installation telle qu’elle est prévue dans cet avenant si des garanties solides sont apportées concernant l’alignement des frais de scolarité des écoles de kinésithérapie sur les tarifs universitaires.

Pourtant, quand on constate les difficultés à trouver un kinésithérapeute, même dans les régions où leur densité est la plus élevée, ces mesures interrogent quant aux intentions du gouvernement pour la santé libérale de demain.

Comment ces professionnels peuvent-ils envisager sereinement leur avenir si leurs revenus décrochent inexorablement par rapport à l’inflation?

La santé libérale est essentielle dans notre système de santé. Elle contribue largement à soulager les tensions d'un système hospitalier qui prend l'eau de toute part.

Si le gouvernement ne veut pas venir grossir les rangs de ceux qui ont contribué à l'effondrement du système de santé, il doit prendre conscience de la crise profonde qui affecte la santé libérale et donner les moyens aux professionnels d’assumer correctement leurs missions.

Dans notre société où seuls ceux qui perturbent le quotidien des Français sont entendus, les kinésithérapeutes ont toujours fait le choix de se comporter de façon constructive. Nous souhaitons évidemment que cela perdure mais sans que cela ne se fasse au détriment de notre profession.

Aussi, appelons-nous solennellement le gouvernement à reconsidérer la montée en charge des revalorisations pour éviter de se mettre à dos toute une profession échaudée par ce calendrier de la discorde.

Par François Randazzo, Président du syndicat de kinésithérapeutes Alizé

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Vos réactions (5)

  • Inacceptable

    Le 24 décembre 2022

    Une compensation partielle et retardée de l’inflation présentée comme une augmentation tarifaire, des indemnités de déplacement à hauteur d’une course à vélo… comme un syndicat a-t-il pu signer ce marché de dupes ?

    Dr Xavier Beauchamps

  • Mort des professions-clés

    Le 24 décembre 2022

    Les kinés sont des pivots des soins post op, de la rehabilitation cardiaque post infarctus ou pontages, ils sont traités comme des moins que ries. Les généralistes qui ont tiré des expériences multiples et tout terrain de leur parcours de huit ans d'etudes dans des services divers, etudié la pharmacologie et interactions medicamenteuses , des gardes de nuit, des reunions des concertations polydisciplinaires lors des stages... ce sont des acquis de savoir solides. Une autonomisation progressive pendant un internat assez long (et qui va l’être encore plus) gagnent 25 euros la consultation et se battent durement pour une augmentation....Punition : ils vont peu
    à peu, de même que les specialistes, être remplacés par des IPA, infirmieres à 32 euros la consultation.... et la première consultation sera a 58 euros. C'est un cauchemard pour les malades qui sont bien sur informés de ce qui est en train de se passer. Les tarifs attractif vont bien sur encore plus vider les hôpitaux et les cliniques de leurs infirmieres, et les jeunes vont arreter d'etudier la medecine. Les ministres/ ARS/ responsables mutualistes et secu le savent, c'est hautement previsible et d'ailleurs parfaitement calculé. Le gouvernement aura le resultat qu'il merite aux prochaines elections, il ne l'a pas volé.

    Dr Isabelle Herry

  • Fin programmée

    Le 24 décembre 2022

    Pour répondre au titre de cet article, la réponse est oui quand on voit les décisions prises par nos élites politico-technico-administratives.
    Que ce soit pour les kinés, infirmières, sages-femmes, médecins libéraux et autres professions para-médicales libérales, si ce n'est pas leur fin programmée cela y ressemble étrangement.

    Dr C Salmon

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