Pour quelle raison le SNJMG n’a pas hésité à se noyer dans la polémique cette semaine ?

Paris, le samedi 20 février 2021 - Il y a un peu plus d’une semaine, les ministres de l’Education nationale et de la Citoyenneté, Jean-Michel Blanquer et Marlène Schiappa annonçaient le lancement d’une enquête sur la possible délivrance par certains médecins de certificats de complaisance (alléguant par exemple de façon non fondée médicalement une allergie au chlore) afin de permettre à des jeunes filles d’être dispensées de cours de natation. Les ministères suspectent en effet le risque que certaines familles (très minoritaires) refusent que leurs filles ne participent à des cours de piscine en présence de garçons, en vertu de considérations religieuses.

Réalité ou fantasme ?

Ce phénomène existe-t-il réellement ou est-il seulement une crainte (un fantasme attisé par la peur de la religion musulmane diront certains) ? Iannis Roeder, professeur d'histoire-géographie et secrétaire général du Conseil des sages de la laïcité atteste de l’existence de telles pratiques : «Lors d'une formation dans le nord de la France, environ un tiers des 80 personnes présentes faisaient état de soupçons de certificats de complaisance dans leurs établissements. Pour moi il y a deux indices D'abord, si on se rend compte qu'un médecin délivre plusieurs certificats. Ensuite, si la jeune fille est connue pour avoir un entourage religieux radical. Dès lors, on peut effectuer un signalement en ligne au conseil départemental de l'Ordre des médecins », explique-t-il au Figaro.

Islamophobie

L’enquête permettra de confirmer ou d’infirmer cette première impression et le cas échéant de rappeler à l’ordre les praticiens qui auraient accepté de délivrer des certificats de complaisance. Cependant, le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) a pris clairement position en la matière. Non pas pour s’élever contre la suspicion des ministres quant à l’existence de médecins acceptant de produire des certificats de complaisance. Non, pour l’organisation, l’enquête lancée par les deux ministres est une « déclaration raciste, islamophobe, qui vise à pointer du doigt une communauté racisée comme déviante si elle ne se plie pas aux « traditions » soit disant républicaines telles qu'instrumentalisées par nos gouvernants. En tant que professionnel.le.s de santé, nous continuerons de soutenir tous.tes les usager.e.s pour qu’ielles puissent vivre en bonne santé selon leurs propres choix, et non selon des injonctions racistes » indique l’organisation. Pas de doute pour de nombreux lecteurs de cet appel sur Twitter, le SNJMG cautionne donc l’établissement de certificat de complaisance, s’il s’agit de protéger les « choix » des patientes et patients.  

Ne pas permettre aux bourreaux, quels qu’ils soient, de l’emporter

Les commentaires sur le réseau social montrent que la plupart des médecins prennent leur distance avec cette approbation de la délivrance de certificats de complaisance. Cependant, certains font valoir que ce qui sous-tend l’action des deux ministres méconnaît probablement la diversité de la réalité. La dispense de piscine peut s’expliquer par de toutes autres raisons que des considérations religieuses extrêmes : la gêne des adolescentes (voire des adolescents) d’exposer leurs corps au regard (et aux moqueries violentes) de leurs camarades est ainsi rappelée. La réponse doit-elle cependant être celle de l’éviction ? Sans doute l’éducation (et la sanction des injures les plus méprisantes) garantirait de façon plus optimale à tous la possibilité de suivre sereinement des cours d’éducation physique et de natation dont l’importance , au même titre que les cours de français, de mathématiques ou d’histoire, ne doit pas être sous-estimée (ne serait-ce que parce que les noyades représentent une cause importante de mortalité). Il semble que le médecin doit justement être celui qui rappelle le rôle crucial de l’exercice physique. Enfin, si l’on peut adhérer au souci du SNJMG de soutenir les choix des personnes (mais probablement pas en cautionnant les certificats de complaisance, qui altère l’intégrité du médecin), il convient de se prémunir d’une trop grande naïveté. Dans certains cas, il ne s’agit pas d’un choix, mais bien d’une décision imposée par la famille, au nom de convictions qui méconnaissent les libertés de la femme et les règles de la République qui permettent à tous et à toutes de recevoir la même instruction. Or, si le médecin se doit de protéger les choix de ses patientes et patients, il se doit également de les protéger contre toute forme de privation de liberté.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • CHEVAL DE TROIE

    Le 20 février 2021

    Attention que la bannière ou parure médicale ne soit un prétexte pour des développements politisés quand les concepts HEGEMONIQUES d'islamo-gauchisme , d'indigénisme , de dé-colonialisme , de racisation , de Genre et consort monopolisent les Ebats et reprennent du poil de la Bête.
    Pas sur qu'un syndicat professionnel ai à apporter son grain de Fiel : Un parti, une mouvance, pourquoi pas ?
    Il était Improbable que le mot "islamophobie" n'apparaisse pas dans la déclaration évoquée : Mission accomplie. Les éléments de langage sont respectés, huilés.

    Les médecins sont des Citoyens : Exact. Qu'ils s'expriment alors comme tels.

    Dr JP Bonnet

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