Pourquoi l’invention de Tak-Sing Wong ne devrait pas glisser sur vous ?

Pennsylvanie, le jeudi 28 novembre 2019 – Ce 20 novembre, à l’occasion de la journée mondiale des toilettes, il a été rappelé que 4,2 milliards de personnes n’ont pas accès à des services d’assainissement adaptés (c'est-à-dire des toilettes reliées à un égout ou une fosse septique). Par ailleurs, 670 millions de personnes sont totalement privées de toilettes, les forçant à déféquer en plein air. Si ces chiffres sont en constante diminution, cette situation demeure néanmoins un enjeu de santé publique prioritaire.

Alerte sur l’eau

L’accès universel à des sanitaires se heurte à de multiples obstacles, parmi lesquels les pénuries d’eau dont souffrent de nombreux pays d’Afrique subsaharienne qui sont également ceux qui connaissent les plus haut taux de personnes sans accès à des sanitaires. « On estime que plus de 141 milliards de litres d’eau – soit près de six fois la consommation quotidienne d’eau de l’ensemble de la population africaine – sont utilisés chaque jour uniquement pour tirer la chasse » précise Tak-Sing Wong, professeur de génie mécanique à l’université d’Etat de Pennsylvanie. Face à cette problématique, les organisations internationales prônent le développement d’alternatives aux installations classiques, promouvant par exemple les toilettes sèches.

Une consommation d’eau de nettoyage réduite d’environ 90 %

L’option étudiée par Tak-Sing Wong a pour sa part consisté à mettre au point un revêtement moins gourmand en eau. Dans cette entreprise, il s’est inspiré des propriétés d’une plante carnivore, la Sarracénie, dotée de parois particulièrement glissantes qui représentent des atouts indéniables pour capturer ses proies. Le composant élaboré par Tak-Sing Wong et son équipe, présenté dans la revue Nature Sustainability, utilise du diméthicone, silicone que l’on retrouve fréquemment dans les crèmes. Associé à un lubrifiant, le revêtement ainsi conçu, baptisé LESS (pour liquid-entrenched smooth surface) s’applique sous forme de spray. Ainsi, l’élimination des matières fécales est nettement facilitée et nécessite moins d’eau. Pour évaluer l’efficacité de son revêtement, Tak-Sing Wong a d’abord eu recours à des excréments de synthèse. Puis face aux premiers résultats encourageants, il a engagé des volontaires pour tester les performances du produit. Il apparaît que le spray réduit considérablement l’adhérence des matières fécales par rapport au Téflon ou à la céramique. « La consommation d'eau de nettoyage » est ainsi réduite « d'environ 90% par rapport aux surfaces non traitées en raison de son extrême résistance aux liquides, bactéries et solides viscoélastiques » notent les auteurs dans leur résumé. « Pour des toilettes standard utilisant six litres d’eau par chasse, notre analyse estime que chaque millilitre de notre produit pourrait permettre potentiellement d’économiser plus de 1 000 litres d’eau » jugent Tak-Sing Wong et ses collègues dans leur introduction.

Voilà de quoi contribuer à répondre à l’un des objectifs de développement durable définis par l’ONU qui vise à réduire considérablement la production d’eaux usées. D’autant plus que les propriétés du dispositif pourraient également permettre de limiter le recours à certaines substances chimiques utilisées pour la stérilisation et dont certaines sont redoutées pour leur impact sur l’environnement. 

Déjà disponible

Tak Sing Wong et son équipe qui font également valoir que ce revêtement présente des atouts pour la lutte contre les maladies infectieuses en améliorant l’élimination des bactéries de la surface des toilettes ont commencé à commercialiser leur spray.

Aurélie Haroche

Référence
Jing Wang et coll. : « Viscoelastic solid-repellent coatings for extreme water saving and global sanitation », Nature Sustainability, https://doi.org/10.1038/s41893-019-0421-0

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