Pourquoi se souvient-on aujourd’hui de Nils Bejerot ?

Paris, le samedi 17 octobre 2020 – Les interrogations concernant les risques liés à la libération de plusieurs dizaines de prisonniers, les complexités diplomatiques nécessairement en jeu, créent inévitablement une attente particulière. Pour justifier de tels périls, la personne libérée, ici, l’humanitaire Sophie Pétronin, se doit de répondre de façon parfaite à l’idée que l’on se fait d’une otage : brisée par la brutalité de ses geôliers, éternellement reconnaissante aux personnes ayant participé à sa libération. Pourtant, c’est une figure différente que les médias ont présentée : une femme qui refuse d’utiliser le mot djihadiste pour évoquer ceux qui l’ont retenue en otage pendant des années, qui se montre sans haine vis-à-vis de la façon dont elle a été traitée, qui affirme de façon claire qu’elle est musulmane.

A Stockholm déjà…

Beaucoup évoquent pour expliquer ce discours (pour atténuer l’amertume et le rejet qu’il pourrait provoquer) un possible syndrome de Stockholm. Certains éléments de la biographie de Sophie Pétronin pourtant ne confortent pas totalement cette thèse. L’humanitaire pourrait en effet s’être convertie à l’islam avant sa détention : elle vivait au Mali depuis plusieurs années et se sentait très proche de la culture du pays et notamment des orphelins dont elle s’occupait. Elle avait d’ailleurs adopté une petite fille. Cette hésitation rappelle que l’invocation d’un syndrome de Stockholm est toujours délicate et que l’ambiguïté qui existe le plus souvent s’est manifestée dès l’origine. Ainsi, beaucoup ont considéré que le récit de la prise d’otage qui s’est déroulée à Stockholm en août 1973 et qui avait vu les otages manifester pour le ravisseur une sympathie et une sollicitude étonnante a été quelque peu déformé. Il a notamment été reproché au psychiatre Nils Bejerot d’avoir minimisé les nombreuses erreurs de la police, qui ont pu conduire les otages à redouter tout autant les conséquences de son intervention que les agissements du preneur d’otage.

Ainsi, l’une des otages, Kristin Enmark avait critiqué le comportement parfois dangereux des forces de l’ordre et le refus de Nils Bejerot de s’entretenir avec elle pendant la prise d’otage ; mais cette observation avait été considérée comme la manifestation d’un syndrome traumatique et non comme une appréciation de certains manquements. Doit-on considérer que le syndrome de Stockholm est une façon pour le public extérieur d’expliquer un comportement difficilement compréhensible (la fraternisation avec l’ennemi) plutôt qu’un réel choc traumatique ? Complexe à déterminer, comme le cas de Sophie Pétronin l’illustre.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article