Quel est le point commun entre le VIH et le goulag ?

Paris, le samedi 22 février 2020 – Les restrictions de la liberté d’expression en Russie n’empêchent pas la jeunesse d’être de férus utilisateurs des réseaux sociaux et de Youtube. On trouve ainsi dans ce pays (comme dans de très nombreux autres) des vulgarisateurs et des décrypteurs qui s’essayent à évoquer de façon ludique et directe des sujets tabous. Or, les tabous sont nombreux en Russie.

Un tableau inquiétant

Ainsi, Iouri Doud, âgé de 33 ans, s’est fait connaître en lançant une vidéo expliquant l’histoire du goulag stalinien, un sujet rarement évoqué dans les médias et qui en raison de ce silence est de plus en plus souvent ignoré par les plus jeunes. Fort de sa notoriété, Iouri Doud a récemment choisi de s’attaquer à une autre question : la lutte contre l’épidémie de VIH/Sida. Celle-ci fait face à de nombreux obstacles en Russie, si bien que le pays est celui qui compte le plus haut taux d’infection de toute la zone européenne, en moyenne trois fois supérieur à celui constaté en Europe de l’Ouest. Autre particularité, la transmission par le biais de seringues usagées continue à représenter une grande part des nouvelles infections (autour de 40 %) quand elle a drastiquement chuté dans la plupart des pays occidentaux. On relève en outre une augmentation du nombre de décès (de 15 000 en 2015 à 20 600 en 2018). Si officiellement, il existe une véritable stratégie de lutte contre le Sida, le manque de moyens et l’absence de volonté politique grèvent les efforts entrepris. Ainsi, seuls 45 % des séropositifs recevaient un traitement antirétroviral fin 2018. Par ailleurs, les discriminations qui visent les homosexuels sont un frein certain au dépistage et à la prise en charge.

Une vie normale

C’est dans ce contexte que Iouri Doud a diffusé une vidéo largement remarquée de près de deux heures intitulée « VIH l’épidémie dont on ne parle pas » faisant écho à la large médiatisation dont bénéfice aujourd’hui l’épidémie de coronavirus. Le film repose notamment sur le témoignage de personnes séropositives et de personnes engagées dans la lutte contre le VIH. Son objectif est d’une part de mettre en lumière les insuffisances de l’Etat et d’autre part de rappeler que le traitement permet aujourd’hui de mener une vie quasiment normale et aussi d’éviter la transmission du VIH. Enfin, le documentaire est une incitation claire au dépistage.

Une audience très large

Dès sa mise en ligne, le film a été un véritable phénomène enregistrant plus de 13 millions de vues en moins d’une semaine. Parallèlement, les mots clés en lien avec le dépistage du VIH et l’infection faisaient des percées étonnantes sur les moteurs de recherche. L’ampleur a été telle que la classe politique n’a pas manqué de la commenter. Ainsi, le ministère de la Santé a indiqué qu’il n’était pas nécessairement d’accord avec certains éléments mis avant mais qu’il se félicitait de la promotion ainsi donnée au dépistage et à la lutte contre les discriminations. Le bloggeur a en outre été invité au Parlement pour évoquer la question de la prévention. Les responsables d’ONG dont les protestations ont longtemps été ignorées se félicitent de ce coup de projecteur inespéré et de cette mobilisation du gouvernement, en souhaitant qu’il ne s’agisse pas que d’un feu de paille.

Aurélie Haroche

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