Quel rapport entre les paquets de cigarettes et le Covid-19 ?

Paris, le samedi 21 mars 2020 – La réponse à notre « quiz » de la semaine n’est pas à chercher dans les sourires ironiques qui ont accompagné la constatation que parmi les commerces autorisés à demeurer ouverts pendant la période de confinement pour répondre à la situation épidémique figurent les bureaux de tabac pourtant à l’origine d’une mortalité élevée plus que probablement bien supérieur à celle du Covid-19 (au-delà de l’étonnement feint, il est certain que restreindre l’accès au tabac en cette période n’aurait pas contribué à faciliter l’adhésion des Français aux injonctions). Pour élucider notre énigme, il faut plutôt s’intéresser à la rhétorique de la peur qui s’est imposée ces dernières heures, destinée à induire des changements de comportement radicaux chez les Français et à renoncer à leur liberté de déplacement. Nous l’évoquons dans notre Post de la semaine, les échecs de cette communication connaissent probablement des raisons multiples, qui tiennent à des mécanismes psychologiques déjà bien décrits par les spécialistes, mais aussi aux incohérences des pouvoirs publics qui n’ont pu que favoriser la défiance et la désobéissance.

Images de personnes en réanimation

Trouver des méthodes plus efficaces que celles qui ont été employées jusqu’alors semble donc important. Sans doute, l’instrument de la « peur » n’est-il pas nécessairement à totalement proscrire. Mais plutôt que de le coupler à la menace, il pourrait être plus efficace s’il ciblait les réflexes d’empathie. C’est ce que suggère une expérimentation conduite par Angela Sutan, professeur en économie comportementale (Burgundy School of Business) et Romain Espinosa (chargé de recherche en économie, Centre national de la recherche scientifique, CNRS) qui décrivent leurs résultats dans un texte publié sur le site The Conversation. Se référant aux travaux et aux dispositifs consistant à utiliser des images chocs pour transmettre des messages de prévention (par exemple dans les campagnes concernant les méfaits de l’alcool ou du tabac), les deux chercheurs se sont interrogés sur la pertinence d’utiliser des photographies de personnes en réanimation pour renforcer l’efficacité des messages autour de l’épidémie de Covid-19.

Sympathie et identification

Leur expérience a été conduite sur la plateforme Prolific auprès de 301 personnes (volontaires) résidant en Grande-Bretagne, le 17 mars 2020 (soit un contexte un peu différent de la situation française, compte tenu des choix stratégiques initiaux des pouvoirs publics anglais et ensuite de leur revirement). Les participants étaient invités à signaler leur adhésion à différentes déclarations concernant la gravité de l’épidémie et l’utilité des mesures recommandées ; questions assorties ou non d’images de personnes en réanimation. L’analyse des réponses mettrait en évidence que « les individus qui ont répondu au questionnaire sans image sont relativement moins soucieux du coronavirus que ceux confrontés à des images de réanimation ou d’hôpital, et que ces différences sont significatives. Ceci signifie que les images de réanimation ou d’hôpitaux génèrent un surcroît de souci significatif pour le coronavirus » observent les deux chercheurs. « En explorant les questions de manière individuelle, il apparaît que les images augmentent les chances que les participants considèrent la crise comme une des plus graves crises sanitaires auxquels notre pays a fait face ce dernier siècle, et diminuent la propension à considérer que les médias et responsables politiques exagèrent la crise » détaillent les deux spécialistes. Ces résultats s’expliquent probablement par la convocation du « biais de sympathie » et par une identification plus facile. Des observations éventuellement à méditer pour améliorer la communication en période d’épidémie. 

A.H.

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