Quel trouble anxieux pourrait créer un coup de chaud dans les cabinets médicaux (ou pas) ?

Paris, le samedi 21 septembre 2019 – Hier, ils faisaient grève. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’une belle occasion de faire la fête et de se réjouir. L’heure est grave. Les collégiens et lycéens du monde entier étaient ce 20 septembre invités à faire la grève de l’école pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme l’immobilisme des gouvernements face à la menace du réchauffement climatique. Mais à la différence de beaucoup de rebellions adolescentes des décennies et siècles passés, leur mouvement ne se fonde pas sur l’optimisme, la confiance dans leur capacité à bâtir un monde meilleur. Il trouve son origine dans une angoisse réelle.

Bien plus qu’une simple préoccupation

Sentiment collectif, cette angoisse peut également être un trouble individuel. Certains spécialistes commencent à lui donner le nom « d’éco-anxiété ». Dépression, épuisement, troubles alimentaires : les symptômes associés à l’angoisse que suscite chez certains adolescents et jeunes adultes la perspective d’une planète dévastée par les conséquences des changements climatiques et de la pollution dépassent la simple préoccupation. Mais les spécialistes s’opposent sur la réalité du phénomène. Dans le Télégraph, il y a quelques jours, Caroline Hickman, de la Climate Psychology Alliance et de l’Université de Bath affirmait l’existence d’un nombre croissant de jeunes pris en charge pour des dépressions en lien avec le réchauffement climatique. « Beaucoup de parents entrent en thérapie pour demander de l’aide avec leurs enfants, et la situation s’est beaucoup aggravée cet été » assure-t-elle.

La fin de la vie après la mort

Mais dans le Figaro, au mois d’août, Christophe Bagot se montrait bien moins alarmiste moquant « un fantasme de journaliste ». « J’ai rencontré, tout au plus, cinq patients qui ont évoqué un stress lié aux changements climatiques ces derniers mois. On ne peut pas parler d’épidémie et encore moins de pathologie ». Cependant, si beaucoup s’accordent sur l’absence pour l’heure de pathologie définie, les spécialistes observent que cette détresse se différencie de celle habituellement ressentie par les jeunes adolescents quand ils comprennent qu’ils ne seront pas éternels. Car si l’on peut se consoler de cette triste réalité par l’observation que la vie perdurera tout de même après nous, la perspective d’une planète assoiffée nous prive de cet horizon post-mortem. En tout état de cause, face au désespoir des plus jeunes, le refus de discours alarmistes apparaît un traitement à employer sans modération.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Désespoir de beaucoup d'agriculteurs

    Le 23 septembre 2019

    Exerçant à la campagne, je suis confronté quotidiennement au désespoir de beaucoup d'agriculteurs devant les conséquences bien concrètes du réchauffement climatique.
    Je ne peux m'empêcher de faire le lien entre cet article et le fait que des universitaires américains spécialistes du climat ont reconnu avoir été payé par les compagnies pétrolières pour produire des études niant le réchauffement climatique.

    Dr Jean-Jacques Perret

  • Alarme débranchée

    Le 27 septembre 2019

    Pour répondre à la dernière phrase du Dr Haroche : Jusqu'à quel âge doit-on cacher la vérité aux enfants? 65 ans? 80 ans? Climatosceptiques plus climatodéfaitistes and C° ont fait que nous avons tergiversé depuis un demi-siècle (voir le club de Rome). Faute de préventif mis en oeuvre, une solution serait peut-être de diffuser en continu des anxiolytiques par la climatisation.

    JP Moreau, Biologiste

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