Quelle spécificité, accidentellement rappelée, la France ne partagera bientôt plus avec les Etats-Unis ?

Paris, le vendredi 26 juin 2020 – L’Inspection générale des affaires sociales a récemment confirmé la véracité des éléments dévoilés par la presse concernant la gestion calamiteuse du centre du don du corps à la science de l’université Paris-Descartes. Les conditions de conservation mises en œuvre par cette structure se sont révélées en effet totalement incompatibles avec la préservation du respect dû aux morts. Cependant, si de nombreuses règles pourraient probablement avoir été enfreintes (ce que devra déterminer une enquête aujourd’hui ouverte et alors que plusieurs familles ont porté plainte), certains agissements, s’ils suscitent des réactions scandaleuses, n’étaient pas illégaux.

Recherche en accidentologie

Ainsi, le centre du don du corps avait passé une convention avec le Centre européen d’étude de sécurité et d’analyse des risques (CEESAR). Cette structure a pour mission (notamment) de mettre au point des modèles d’analyse pour évaluer la fiabilité des dispositifs de sécurité. Ainsi, travaille-t-elle notamment pour différents constructeurs automobiles. Pour étudier les réponses du corps humain à différents types d’impact, le CEESAR a régulièrement utilisé des corps émanant du centre de l’université Paris Descartes. S’il ne s’agissait pas d’utiliser directement les corps pour des crashs tests, les recherches conduites par le CEESAR sont destinées à la mise au point de mannequins les plus fidèles anatomiquement possibles pour ces exercices de simulation, afin notamment de reproduire parfaitement l’élasticité des tissus. Le CEESAR indique ainsi qu’il recevait chaque année une vingtaine de corps pour ses recherches en accidentologie, qui ont tous ensuite été rendus à l’établissement parisien. En effet, comme l’explique le patron du CEESAR, Philippe Chrétien : « Nos protocoles d’expérimentation étaient envoyés au Centre du don du corps et nous demandions la mise à disposition ainsi que l’organisation du retour des sujets, il n’y avait aucune cession, donc notre convention s’inscrivait parfaitement dans le cadre juridique ».

Pratique condamnée d’avance ?

Cependant, en dépit du caractère légal d’une telle activité et alors que l’accidentologie pourrait être considérée comme une discipline entrant dans le cadre des recherches utiles souhaitées par ceux qui choisissent de donner leur corps à la science, le traumatisme associé aux conditions de conservation par l’université Paris-Descartes devrait inévitablement avoir des répercussions sur ce champ d’investigation. L’association entre ces corps et la violence des images de crash test connues de tous dans un contexte de non-respect de la dignité des personnes pourrait en effet conduire à mettre fin à la possibilité d’emploi de tissus humains pour la recherche en accidentologie. Cette possible issue inquiète Philippe Chrétien qui note que la France était la seule avec les Etats-Unis à pouvoir mettre au point ces modèles expérimentaux à partir de tests sur des corps réels. « Nous sommes menacés de disparition et nous étions une spécificité unique au monde. Maintenant, il va falloir, par défaut, se tourner vers les Etats-Unis » explique-t-il.

Léa Crébat

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