Qui a dit : « On est tous capable de dire qu’on a gagné au Loto, une fois que le tirage est passé » ?

Paris, le samedi 9 janvier 2021 - Fréquenter les plateaux de télévision est un exercice à haut risque pour un médecin en période épidémique. En effet, alors que la situation est nécessairement complexe et en tout cas changeante, que les informations sur les caractéristiques du virus sont souvent parcellaires et que les modélisations ne sont pas des outils parfaitement fiables, émettre une parole claire et plus encore définitive est très difficile. Alors forcément, on se trompe, on tâtonne, on change d’avis, ce qui n’est pas toujours apprécié.

Un diagnostic précis avant l’heure

Pourtant, si modifier sa position ne doit pas forcément être interprété comme un signe d’opportunisme ou de faiblesse d’analyse, oublier qu’aujourd’hui les paroles restent et que les écrits ne peuvent les démentir est bien plus problématique. C’est pourtant ce que semble ne pas avoir évité le professeur Philippe Juvin, dans son livre, « Je ne tromperai jamais leur confiance ». Le chef des urgences de l’hôpital Georges Pompidou à Paris et maire LR de la Garenne-Colombes, qui est très régulièrement intervenu depuis le début de l’épidémie, notamment pour fustiger les errances du gouvernement, propose dans les premières pages de son journal de bord une présentation de sa perception visionnaire de l’épidémie. Regrettant dès la fin février l’absence de tests, affirmant le 2 mars que la maladie n’est pas une « grippette » et que l’heure est préoccupante, il date encore du lendemain cette réflexion : « Le confinement est efficace, je pense qu'il faut confiner, je le dis publiquement ».

Tous les gagnants ont joué

Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement a recherché les traces de cette prescience. Et il relève, invité en même temps que le médecin sur France 5 ce 7 janvier : « Trois jours plus tard sur LCI, vous déclariez : 'On ne peut pas confiner des villes entières’ ». De fait, les internautes ont depuis confirmé l’écart entre le récit du livre de Philippe Juvin et ses interventions sur différentes chaînes de télévision, dont les images ont été retrouvées. De la même manière, très incisif, Gabriel Attal épingle : « Sur la gravité de la maladie, vous écrivez le 2 mars : 'Ce n'est pas une grippette, la situation est préoccupante. Je vois se dessiner de plus en plus clairement une épidémie mondiale d'une ampleur exceptionnelle'. Et sur LCI , quatre jours après, vous déclarez publiquement : 'On en fait trop, il faut relativiser les choses. Quand j'entends des gens dire qu'il ne faut plus aller au travail car j'ai peur d'être infecté, c'est une peur irrationnelle’ ». Le porte-parole du gouvernement poursuit encore : « 28 février : 'Nous ne testons pas suffisamment. Nous avançons comme des somnambules'. Et sur LCI, le 6 mars, une semaine plus tard, vous dites : 'Pour les formes bénignes, ce n'est pas utile de faire des tests'». Après ce petit exercice, le porte-parole tance : « On est tous capables de dire qu'on a gagné au Loto une fois que le tirage a eu lieu parce qu'on a tous les numéros ». Ainsi, attaqué, le professeur Juvin s’est défendu : « Ce journal est celui d'un homme qui est à la fois médecin et maire et qui a un écrit un journal au jour le jour. Parfois, il a compris un truc et le lendemain ne comprenait plus. Nous avons été dans une difficulté de compréhension », avance-t-il. Il déplore par ailleurs s’être « fait avoir » par le discours d’abord rassurant du gouvernement… en tout cas sur les plateaux, mais pas lorsqu’il écrivait (ou réécrivait ?) son journal de bord !

Mais rassurons le Pr Juvin, on pourrait probablement en dire largement autant des déclarations successives des membres du gouvernement sur le virus, les masques, les tests et maintenant la vaccination. 

A.H.

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