Qui franchit les frontières dans un sac à dos ?

Pékin, le jeudi 23 mai 2019 – Il manque des millions de petites filles et de femmes en Chine. Selon des estimations récentes, on compterait aujourd’hui 31,6 millions d’hommes de plus que de femmes. Ce déséquilibre est le résultat de décennies d’abord d’infanticides des nouveau-nés féminins puis d’avortement sélectifs en fonction du sexe. Alors que comme dans de nombreux pays, la naissance d’une fille a longtemps été vécue comme un fléau notamment dans les familles les plus pauvres, la politique de l’enfant unique instituée en 1979 a renforcé certains réflexes archaïques. Puisqu’il n’était possible que d’avoir un seul enfant, il fallait que ce soit un garçon.

L’assouplissement de cette politique nataliste en 2016 ne paraît pas avoir eu un impact décisif sur cette hantise séculaire de mettre au monde une fille, puisque l’année dernière le ratio à la naissance était de 115 garçons pour 100 filles.

Filières de « passeurs de sang » sur internet

Comment les familles chinoises qui veulent éviter la naissance d’une fille parviennent-elles à contourner les contrôles et les interdictions mis en place ces dernières années par le gouvernement chinois pour corriger les déséquilibres constatés ? L’AFP a mis en lumière une pratique qui connaît une grande popularité auprès des familles les plus aisées : l’envoi d’échantillons sanguins de la mère à Hong Kong. Dans la ville-état, la recherche du sexe de l’enfant à partir des cellules d’ADN fœtales circulant dans le sang maternel est autorisée, alors qu’elle est totalement interdite en Chine (et dans de nombreux pays). Aussi, en dépit de la surveillance étroite des réseaux sociaux, des filières se sont organisées sur internet qui offrent aux parents d’envoyer des prélèvements sanguins en Chine. Des journalistes de l’AFP s’étant fait passer pour un couple chinois soucieux de connaître le sexe de leur futur bébé ont facilement réussi à entrer en contact avec des « passeurs de sang ». Moyennant 580 euros, ils ont reçu un kit de prélèvement et l’adresse d’une application leur permettant de contacter une infirmière se déplaçant à domicile. Une fois le prélèvement effectué, il est renvoyé par le couple à une adresse située à Shenzhen, d’où il est acheminé sans aucune autre précision à Hong Kong. Les méthodes de transfert peuvent être très rudimentaires : une adolescente de 12 ans a ainsi été découverte à la frontière il y a quelques semaines avec plus de 142 flacons de sang de femmes enceintes dans son sac à dos.

Une collaboration trop timide entre Hong Kong et Pékin

Les laboratoires hongkongais qui acceptent de réaliser les analyses demandées enfreignent les dispositions en vigueur dans la cité état qui imposent de se baser sur l’ordonnance d’un médecin local. Cependant si de nombreuses enquêtes ont été ouvertes ces dernières années, aucune sanction n’a été prononcée, faute de preuve. Aujourd’hui, certains  élus exhortent le gouvernement hongkongais à collaborer plus étroitement avec Pékin pour faire cesser ce trafic qui contribue à faire progresser le nombre d’avortements sélectifs.

Léa Crébat

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