Qui n’ira pas prendre un verre en terrasse avec certains de ses confrères (malgré leurs possibles points communs) ?

Paris, le samedi 1er mai 2021 – « Certains, je ne vais pas les nommer ». C’est la parade habituelle. Eviter les procès d’intention, par élégance, mais parfois par crainte des représailles, est normalement la règle dans l’espace médiatique, quand un médecin ou un scientifique veut signaler ses divergences d’interprétation avec certains de ses confrères.

Charmant garçon

Mais parfois, la prudence est reléguée et les noms sont lâchés. Le spécialiste de santé publique et en épidémiologie, Martin Blachier, n’a ainsi pas hésité à tacler au moins deux de ses confrères qui s’expriment régulièrement sur les mêmes plateaux télévisés que lui sur l’épidémie. « Je suis sur une ligne largement opposée à l’épidémiologie-star Dominique Costagliola, qui n’est pas une scientifique de bon niveau, n’a pas produit grand-chose et avec qui je suis en désaccord chaque fois que je l’entends parler » a-t-il ainsi assassiné en début de semaine. Alors que l’épidémiologiste Dominique Costagliola s’est contenté d’un assez élégant « Charmant garçon » sur Twitter en réplique à cette attaque en règle, ses supporteurs n’ont pas hésité à rapidement comparer les publications répertoriées sur Pub Med pour constater que la scientifique de l’INSERM compte un nombre de citations bien plus élevé que celui qui a décidé de quitter cette institution pour rejoindre le privé.

Prévisible, la sortie de celui qui fait partie des experts les plus invités, et qui malgré divers clashs et quelques erreurs remarquées (comme lorsque ses modélisations n’avaient pas anticipé cette automne l’arrivée du mauvais temps !) ne quittent jamais les plateaux, a été l’occasion pour ses détracteurs de rappeler son conflit d’intérêt majeur avec son propre bureau d’études Public Health Expertise. Bien sûr, derrière cette critique (associée à celle de ne jamais voir de patients ce qui est également le cas de Dominique Costagliola) se cache l’éternelle querelle entre le privé et le public, à laquelle s’ajoute celle entre les partisans de mesures de restriction fortes et les défenseurs de dispositifs plus souples.

Par plateau interposé

Ce sont les mêmes enjeux qui se sont exprimés dans l’autre passe d’arme de la semaine mettant en scène Martin Blachier, qui à propos du président de l’Union française pour une médecine libre, Jérôme Marty, s’est exprimé, avec la même morgue, « Médecin généraliste, ça veut dire qu'on comprend l'épidémiologie, qu'on est un grand infectiologue, qu'on sait exactement l'impact d'un variant plus contagieux sur une épidémie ? Jérôme Marty, je ne sais même pas s'il est capable de critiquer statistiquement un article scientifique ». Loin pour sa part de demeurer dans la réserve, Jérôme Marty, connu pour son franc parler, n’a pas manqué de répliquer : « Monsieur Blachier on ne le voyait pas quand la profession était en danger, il n'avait aucun mot (…) Nous n'avons pas la même vision des choses. Lui voit la politique de la crise en courbe, nous nous la voyons en patients » a-t-il encore taclé avant de répliquer : « Il va sur les plateaux et dit : 'dans une semaine tout est terminé' et puis ça reprend. Et avec le même aplomb, un mois plus tard, il réaffirme », dézingue le praticien, accusant le docteur Martin Blachier de « nous faire perdre du temps ».

Narcisse

Ces passes d’arme, outre d’avoir le mérite de faire les belles heures des réseaux sociaux, témoignent d’un possible échauffement des esprits après plus d’un an de fièvre médiatique. Elles n’offrent en tout cas certainement pas une image grandie des experts, dont le rôle pourtant n’a jamais été aussi important que pendant cette crise, ce qui les oblige sans doute à une analyse autant que possible débarrassée d’affects et de préjugés. Cependant, invité à s’expliquer sur ses éclats méprisants, Martin Blachier a admis dans l’émission Quotidien en faisant référence aux attaques qu’il a lui-même subis : « Peut-être que je suis un narcissique, que j'aime bien qu'on parle de moi, mais en aucun cas je suis le VRP de ma boîte. J'aime bien aller sur les plateaux télé, je ne vais pas dire le contraire. C'est assez emballant. Quand vous avez l'impression de comprendre quelque chose mieux que les autres et qu'on vous interroge dessus, vous êtes content, c'est un espèce d'aboutissement personnel » a-t-il confié. Peut-être enfin un point commun avec ceux qu’il conspue sans vergogne… mais ces derniers ne l’admettront peut-être pas aussi facilement ! 

A.H.

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