Qui sont les jurys les plus susceptibles de discriminer les femmes ?

Paris, le samedi 25 janvier 2020 – Même si le poids de l’autocensure (autocensure potentiellement favorisée par une image dépréciative de la qualité des femmes) voire le manque de désir (manque de désir qui peut être une autre forme d’autocensure) ne sont pas à sous-estimer dans la part plus faible des femmes accédant aujourd’hui aux plus hautes fonctions, alors qu’elles sont désormais aussi nombreuses (voire plus nombreuses dans certaines disciplines) à suivre des études supérieures de haut niveau, l’impact des stéréotypes de genre est certainement déterminant. Chez les hommes comme chez les femmes, ces dernières continuent à être moins fréquemment associées à certaines qualités, ce qui les écarte de différentes fonctions au profit des hommes, même quand elles peuvent présenter des compétences supérieures.

Des stéréotypes bien ancrés

Le domaine de la recherche n’échappe pas à cette tendance. C’est ce qu’a mis en évidence une étude publiée il y a quelques mois par une équipe d’Aix-Marseille Université conduite par Isabelle Régner, dans la revue Nature Human Behaviour. Le protocole a d’abord consisté à soumettre 414 personnes membres de jurys du CNRS, chargés d’évaluer les candidatures aux postes de directeurs de recherche, à des tests d’association implicite. Ces questionnaires rapides permettraient d’évaluer le poids chez chacun des stéréotypes implicites, qui veulent que les femmes soient moins fréquemment associées à la sphère scientifique que les hommes ou moins habilitées à certaines tâches managériales. On constate que la plupart des participants conservent ancrés en eux différents « stéréotypes » associés au genre.

Des appréciations différentes de la réalité

Ces derniers n’ont cependant pas nécessairement une influence déterminante sur les choix de ces jurys. L’étude, qui a été mise en œuvre pendant deux ans, afin notamment que la deuxième année les sujets n’aient plus conscience de participer à une évaluation de leurs "biais", met en effet en évidence que ces stéréotypes "implicites" semblent jouer un rôle sur les décisions des jurys uniquement quand ces derniers considèrent qu’il n’existe plus de discriminations réelles entre les hommes et les femmes. Quand les participants se montrent plus sensibles à ces questions et estiment que des écarts liés à des stigmatisations persistent, ils ne se laissent guère influencés par leurs représentations stéréotypées (et pourraient peut-être également avoir à cœur de corriger les différences qu’ils constatent). A l'inverse, ceux qui minimisent le poids des discriminations, apparaissent les plus fortement guidés par leurs stéréotypes implicites.

Utiliser les faits

Ces résultats suggèrent donc que s’il est difficile d’agir sur certaines représentations archétypales, y compris auprès de publics éduqués et avertis, ce sont bien plus certainement les convictions politiques qui orientent les décisions et les choix. Aussi, peut-on considérer qu’un discours s’appuyant sur des faits concrets, mettant en évidence les différences réelles, à compétences égales et cursus comparables entre les hommes et les femmes, pourrait avoir plus d’impact que certaines exhortations plus théoriques sur l’absence de différence entre les êtres.

Aurélie Haroche

Référence
Isabelle Régner et coll. : « Committees with implicite biases promote fewer women when they do not believe gender bias exists », Nature Human Behaviour, volume 3, pages1171–1179(2019)

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