Qui traite la pauvreté comme une maladie ?

Paris, le samedi 19 octobre 2019 – La lutte contre la pauvreté n’est pas qu’affaire de bon sens ou de bons sentiments. Afin que les sommes engagées soient le plus efficacement employées et contribuent aux meilleurs résultats, il est essentiel d’évaluer les dispositifs mis en œuvre, afin notamment de se corriger de certains réflexes ou idées reçues. Tel est l’esprit qui anime les travaux de Michael Kremer (Université d’Harvard, Etats-Unis), d’Abhijit Banerjee et de sa compagne française Esther Duflo (tous deux chercheurs au MIT, Etats-Unis) qui viennent d’être récompensés par le prix Nobel des sciences économiques.

Randomisation

La plus jeune lauréate du prix Nobel, Esther Duflo est une économiste franco-américaine, qui sans choisir de devenir pédiatre comme sa mère, a pourtant suivi l’inspiration familiale tournée vers l’humanitaire, en consacrant une grande partie de ses travaux économiques à la lutte contre la pauvreté. Surtout, avec ses collègues, elle a choisi d’appliquer la méthode des études randomisées utilisées en médecine pour évaluer l’efficacité des programmes sociaux. C’est à travers ce cadre qu’elle a notamment pu mettre en évidence que la dotation supplémentaire des écoles rurales du Kenya en manuels scolaires ou en repas gratuits ne permettait pas aux élèves d’obtenir de meilleurs résultats. A contrario, d’autres essais randomisés conduits en Inde par la même équipe ont signalé la pertinence de programmes de tutorat ciblés. Les études d’Esther Duflo et de ses collègues concernent par ailleurs également fréquemment la santé publique : ils ont ainsi mis en évidence le fait que les parents étaient beaucoup plus susceptibles d’administrer des comprimés vermifuges à leurs enfants quand ils recevaient ces derniers gratuitement que lorsque des subventions leur étaient attribuées dans ce sens.

Conséquence pratique

Cette pratique de la randomisation appliquée aux sciences économiques a contribué selon le comité Nobel à améliorer « considérablement (…) notre capacité à lutter contre la pauvreté en pratique ». C’est en effet en partie grâce aux résultats publiés par Esther Duflo qu’aujourd’hui « plus de cinq millions d’enfants indiens ont bénéficié de programmes efficaces de tutorat collectif dans les écoles ».

Aurélie Haroche

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