Qui venait du Kirghizistan ?

Pierre tombale de Sanmaq. « En l'an 1649 [1337-8], c'était l'année du Tigre. Ceci est la tombe du croyant Sanmaq. [Il] est mort de la peste »

Bichkek, le samedi 18 juin 2022 – Bien qu’ancienne de sept siècles, l’origine de la pandémie médiévale de peste noire (1346-1353) fait encore l'objet de recherches. Depuis la fin du XIXe siècle, les archéologues associaient le déclenchement de la grande peste, qui a provoqué la mort de 75 à 200 millions de personnes, au lac Issyk-Kul, dans l'actuel Kirghizistan autour duquel ont été retrouvées des tombes datées de 1338-1339 mentionnant « pestilence » en syriaque.

Mais un doute subsistait, ce mot pouvant désigner toutes sortes de pathologies. Comment en effet s’assurer qu’il s’agissait bien de l’œuvre de la bactérie Yersinia pestis, qui tuera huit ans plus tard 30 à 50 % de la population européenne, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ?

Une aventure de Spyrou

Une étude publiée dans Nature cette semaine confirme ces suspicions grâce à des données génétiques.

Les auteurs, Spyrou M et al, rapportent les résultats de l’analyse d’échantillons d’ADN prélevés sur des restes dentaires de sept individus exhumés dans deux cimetières, à Kara-Djigach et à Burana.

« Notre synthèse des données archéologiques, historiques et génomiques montre une implication claire de la bactérie de la peste Yersinia pestis dans cet événement épidémique » écrivent les auteurs.

« Notre équipe a découvert de l'ADN correspondant à Y. pestis dans les dents de trois des sept individus provenant de ces communautés », détaille auprès de Sciences et Avenir Philip Slavin, l'un des auteurs de l'étude et historien à l'Université de Sterling (Royaume-Uni).

Le séquençage du génome de cette souche a été comparé à celui d’autres échantillons d’ADN de bacilles de peste historiques et actuels, ce qui a permis de réaliser un « arbre généalogique » de Y. pestis. Cette souche découverte dans ces débris dentaires kirghizes a ainsi été identifiée par les chercheurs « comme l'ancêtre commun le plus récent d'une diversification majeure communément associée à l'émergence de la pandémie » écrivent Spyrou et al. Les scientifiques font également l’hypothèse que des marmottes et non des rats auraient transmis la bactérie à l’homme dans cette région du monde.

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Emmanuel Haussy

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