Sur quel nouveau sujet, Jean-Michel Blanquer est-il invité à méditer ?

Paris, le samedi 22 janvier 2022 – La semaine a été rude pour Jean-Michel Blanquer. Qui on le sait a notamment dû s’expliquer sur son choix de lieu de vacances de fin d’année. Difficile de savoir si dans ce contexte, la nouvelle controverse autour de l’expérimentation de la méditation de pleine conscience à l’école altère encore davantage ou non sa tranquillité d’esprit.

Stabilité intérieure

La « méditation de pleine conscience » est on le sait une technique qui connaît un important essor dans de nombreux domaines, y compris en médecine. Cette technique de relaxation inspirée de traditions bouddhistes suppose que la focalisation sur ses sensations, sa respiration ou encore un point précis de son corps permettrait une meilleure concentration ou une diminution de certaines douleurs. Dans un rapport remis à l’Education nationale, le député Gaël Le Bohec (LREM) vantait début 2021 : « La ‘‘pleine conscience’’ ou ‘‘présence attentive’’ est ‘‘une pratique entièrement laïque dont le but est d’entraîner les capacités d’attention et de discernement à ce qui est présent dans l’instant (…) et d’aider ainsi à acquérir une meilleure stabilité intérieure ».

Pas d’effets significatifs, voire des effets plutôt délétères

Dès lors, et tandis que le concept a paru séduire Jean-Michel Blanquer lors d’une visite dans une école varoise, plusieurs expérimentations seraient à l’étude ou en cours dans différents établissements scolaires. Le conseil scientifique de l’Education nationale doit notamment prochainement se pencher sur la validation d’ateliers de méditation. La perspective inquiète cependant plusieurs associations de parents d’élèves ainsi que la Ligue des droits de l’homme qui ont évoqué leurs réticences dans une lettre ouverte adressée au ministre cette semaine. Les griefs des organisations sont divers. Ils concernent tout d’abord la dangerosité potentielle de la méthode. Ils évoquent ainsi « une technique (…) aux conséquences incertaines et potentiellement risquées sur le développement psychique des enfants ». Les scientifiques semblent plutôt abonder dans ce sens et en tout état de cause rappellent que les preuves d’une quelconque efficacité de la méditation pleine conscience sont pour l’heure très limitées. Dans Marianne, Hugues Gascan, directeur de recherches au CNRS dans le domaine de la santé relève ainsi : « La méta-analyse publiée en 2015 par la revue Plos One, montrant que ça guérissait tout plein de choses a été dépubliée en 2019  (…) À l’inverse, l’ensemble des autres méta-analyses montre une absence d’effets significatifs, voire des effets délétères à moyen terme ».

Contre-courant ?

Au-delà, ce qui inquiète les associations de parents d’élèves et la Ligue des droits de l’homme (LDH) c’est l’intrusion dans l’école, via cette méthode et en dépit de la bonne foi des professeurs qui la promeuvent, de courants de pensées sectaires. De fait, les activités centrées autour de la méditation pleine conscience sont régulièrement l’objet de signalements auprès de la Mission d’information et de vigilance sur les dérives sectaires (Miviludes) (22 demandes d’information entre 2018 et 2020 et plus d’une dizaine de signalements concernant des mineurs). La LDH et les associations de parents d’élève analysent : la méditation pleine conscience « est une technique très spécifique dont la promotion et le financement à travers le monde sont organisés par le think-tank ésotérique américain Mind and life institute, consortium associant des mouvances très controversées comme l’anthroposophie. L’inventeur déclaré de la MPC, ou Mindfulness, John Kabat-Zinn, est aussi l’un des actuels leaders de l’Institut Esalen, importante officine New Age, matrice de nombreuses psycho-sectes qui inondent la planète depuis les années 70. En France, l’offensive est principalement relayée par la structure privée Initiative mindfulness France (…). La pratique sur des enfants mineurs d’une méthode qui peut aboutir à un conditionnement avec perte d’esprit critique et assujettissement de l’individu engendre donc des risques importants qui ne peuvent être négligés ». A l’heure où beaucoup insistent sur la nécessité d’un éveil à l’esprit critique, d’un meilleur enseignement de la rationalité scientifique, l’introduction à l’école d’une technique associée à différents mouvements sectaires et ésotériques et qui en tout état de cause ne se base pas sur des preuves solides ne peut en effet que susciter des interrogations. A moins que l’adhésion d’un nombre croissant de personnes à ce type d’expérimentations annonce une défaite anticipée de ces ambitions.

A.H.

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