Toubib or not toubib

Londres, le samedi 1er mai 2021  - Longtemps, les médecins ont été invités à se concentrer sur les maladies plutôt que sur les malades et à faire fi de leurs sentiments et de leurs émotions. Or, il est notoire, que l’empathie du praticien améliore la relation médecin-malade, voire optimise l’observance et l’efficacité des traitements.

Dans ce contexte, un article paru dans le vénérable Journal of the Royal Society of Medicine soutient que la lecture et même « l’étude » des pièces de Shakespeare est une « manière créative d'améliorer les approches empathiques des étudiants en médecine ».

David Ian Jeffrey, spécialiste en médecine palliative, explique : « le don déterminant de Shakespeare est son approche empathique : chacun de ses personnages parle de sa propre voix, générant un récit composé de multiples perspectives individuelles, tout en effaçant son propre ego. Shakespeare dépeint le monde du point de vue de l'autre, non seulement sa compréhension, mais aussi ses émotions et ses perspectives morales, encourageant le public à éprouver de l'empathie pour les héros comme pour les méchants. L'approche de Shakespeare crée un espace d'interprétation et de réflexion, pour faire l'expérience de l'empathie. Créer un tel espace de réflexion est un élément central de la pratique clinique et de l'enseignement médical ».

Shakespeare particulièrement adapté à la crise Covid ?

L’auteur poursuit en rappelant que Shakespeare a vécu des épidémies de peste et qu’il a passé du temps en « confinement », lorsque les théâtres étaient fermés. Ainsi, il aurait développé une « capacité négative », un concept de sciences humaines qui décrit la capacité à vivre dans l'incertitude, incertitude inhérente à la pratique de l’art médical, en particulier en ces temps de pandémie.

En outre,  « sa compréhension des sentiments empathiques a été approfondie par le chagrin qu'il a éprouvé à la mort de son fils en 1596. La souffrance de Shakespeare a accru la profondeur de son expression émotionnelle, comme le montrent ses pièces ultérieures » estime le Dr Jeffrey.

Voire mieux

Ainsi, dans Le Roi Lear (écrit entre 1603 et 1606), Kent exhorte Lear à "voir mieux". Il ne s'agit pas simplement d'un conseil à un roi qui fait de mauvais choix moraux, « mais d'un appel à explorer les raisons qui se cachent derrière le comportement d'autrui, et à ne pas se contenter de réagir aux choses telles qu'elles sont » analyse le Dr Jeffrey.

De plus,  la lecture de Shakespeare permettrait aux médecins d’adopter une « compétence narrative »  qui favoriserait l’interaction avec le patient dans un « processus conjoint visant à donner un sens à leurs histoires de souffrance ».

Mais l’auteur va plus loin que ce qui pourrait apparaître comme un exercice de style de la High society britannique, il estime ainsi qu’un « module d'étude spéciale serait une façon d'introduire l’étude de Shakespeare dans le programme de premier cycle des études médicales ».

Un pas qui a déjà été franchi en France, à la faculté de médecine de Montpellier, où, grâce à un partenariat conclu avec l’Ecole nationale supérieure d’art dramatique (ENSAD), des cours de théâtre sont dispensés aux étudiants en médecine volontaires pour les préparer à annoncer des mauvaises nouvelles…

F.H.

Référence
David Ian Jeffrey : Shakespeare’s empathy: enhancing connection in the patient–doctor relationship in times of crisis. Journal of the Royal Society of Medicine 2021 ; 114, 178-181

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