Un exosquelette bientôt accessible ?

Lausanne, le samedi 3 février 2018 - On voit régulièrement passer des nouvelles sur les avancées que la robotique pourrait apporter aux personnes handicapées. On pense bien sûr aux exosquelettes de plus en plus novateurs, qui sont parfois couplés à des interfaces homme-machine, et qui nous font rêver sur l’avenir de l’humanité, auquel certains donnent le nom de transhumanisme.

Cela fait plusieurs années (et dès 2008 dans le JIM : « Branche toi et marche ! ») que nous avons en tête ces images de "cobayes" parvenant à contrôler par la pensée, ou par divers moyens, une machine magnifique qui leur est attachée comme une grande armure bizarre. Et pourtant, ces exosquelettes sont encore loin de notre quotidien, et surtout de celui de nos patients. Pourquoi un tel décalage entre les progrès techniques et leur application dans la "vraie vie" ? Trop complexes, trop encombrants, trop chers… Trop peu utiles ? Et, pendant ce temps, pauvres de nous, nous continuons à nous mouvoir par nous même. 

Un exosquelette de seulement 50 g… Enfin presque

L’école polytechnique fédérale de Lausanne présente aujourd’hui un nouveau prototype d’exosquelette (1). Il s’agit d’un appareil destiné à aider les mouvements de la main, et qui serait principalement destiné aux personnes souffrant de lésions neurologiques périphériques ou centrales. L’accent est mis ici sur la simplicité de l’appareil, qui peut être posé en quelques minutes.  Il semble en effet très facile à adapter à la main et s’attache au niveau des articulations via des bandes velcro.

Les doigts sont mobilisés par des câbles en métal disposés le long de la face externe du bras, de la main et des doigts, de sorte que la paume est laissée libre. Le malade conserve ainsi la sensation de la prise de main. L’ensemble a l’air relativement peu encombrant, à l’exception peut-être du boitier à porter sur la poitrine (qui contient les moteurs faisant bouger les cables-tendons). L’exosquelette en lui-même pèse 50 g, mais le boitier, lui, 930 g !

Maniable par les mouvements oculaires ou par la pensée

Sans l’intervention de l’utilisateur, l’exosquelette peut permettre de soulever convenablement un objet d’un poids de moins de 500 g. Le dispositif a été testé par deux sujets atteints de lésions de la moelle épinière. Ils sont ainsi parvenus à effectuer des actions (comme soulever une bouteille pleine) qu’ils n’avaient plus réussi à faire seuls depuis 1989 pour l’un et 2003 pour l’autre.

Cet exosquelette, tout simplement appelé mano est adaptable à différents types de handicap. Il peut en effet être mobilisé via les mouvements des yeux pour les patients les plus limités (et pourquoi pas les malades souffrant de locked-in syndrome), via l’électromyographie (en utilisant les mouvements résiduels du patient qui s’en trouvent renforcés par le dispositif), via une commande vocale d’un smartphone, et enfin via un EEG, à travers une interface cerveau-machine. 

Bientôt sur ordonnance ?

Durant leurs essais sur des sujets sains, les chercheurs ayant mis au point cet appareil ont découvert que la mobilisation de l’exosquelette commandé par la pensée de l’utilisateur faisait intervenir l’activité du cortex moteur contro-latéral (ce qui est attendu), mais également du cortex ispsi-latéral. Il pourrait être possible d’améliorer le contrôle de l’exosquelette en utilisant cette particularité.

Ce nouveau design épuré et allégé permettra-t-il de faire passer ces dispositifs des laboratoires de recherche aux maisons des patients ? Ce type d’appareil pourrait en effet révolutionner à la fois le quotidien des malades, et les pratiques de rééducation. Dans tous les cas, nul doute que de nouveaux prototypes seront élaborés pour perfectionner encore ces dispositifs. Soulignons que l’EPFL est à la pointe la recherche dans ce domaine, et a par exemple présenté en 2017 un exosquelette destiné à prévenir la chute chez les sujets âgés.

Dr William Hayward

Référence
Randazzo L, Iturrate I, Perdikis S, Millán J d R. mano: A Wearable Hand Exoskeleton for Activities of Daily Living and Neurorehabilitation. IEEE Robot Autom Lett. janv 2018;3(1):500-7.

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Vos réactions (1)

  • Parkinson ?

    Le 04 février 2018

    Quid des exosquelettes pour l'aide à la marche pour les parkinsoniens ?

    Jeanne Thévenot

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