Un squelette dans le placard

Clermont-Ferrand, le samedi 20 mai 2023 – D’une classe de lycée à un hôpital de Tulle en passant par un placard, Oscar a connu un parcours étonnant.

C’est une belle histoire d’amitié que nous ont racontée le mois dernier les journaux locaux d’Auvergne. Celle entre Hamid Ettahfi, agent comptable du lycée Jeanne d’Arc de Clermont-Ferrand et Oscar. Les deux hommes se sont rencontrés lors du pot de départ à la retraite d’un collègue, grâce à des laborantines de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT). Une amitié d’autant plus originale qu’Oscar est mort depuis des décennies.

Pendant des années, le squelette d’Oscar a trôné dans une salle de classe de l’établissement scolaire, pour permettre aux lycéens d’apprendre les rudiments de l’anatomie humaine. Nul ne sait qui était « Oscar », le nom dont les laborantins l’ont affublé, avant de devenir un squelette. « On n’a aucune trace de lui dans l’inventaire du lycée » constate Hamid Ettahfi. « Est-ce qu’il était là quand le lycée a ouvert en 1899 ? Est-ce qu’il s’agit de quelqu’un qui a donné son corps à la science ? Sans doute mais on ne le sait pas ». Seule certitude, Oscar était un homme assez grand, d’environ 1m90. « Pas mal d’anciens élèves et de professeurs ont le souvenir de l’avoir croisé pendant des cours » commente Patricia Taupier-Letage, l’adjointe d’Hamid Ettahfi.  

Plus de 20 ans d’attente avant de sortir du placard

En 2001, après des années de bons et loyaux et services, Oscar est remplacé par Arthur, un modèle en PVC et envoyé dans un placard prendre la poussière. Lorsqu’il apprend l’existence de ce squelette en début d’année, Hamid Ettahfi décide de lui rendre sa dignité. « Les laborantines voulaient le mettre au rebut. Ce mot de rebut a fait un déclic dans ma tête. Je leur ai dit qu’on ne pouvait pas faire ça, ce n’est pas possible, on ne peut pas jeter une personne » commente-t-il. « C’était tout de même un être humain, qui mérite autre chose que d’être jeté à la poubelle » abonde dans le même sens l’adjointe du comptable.

Hamid Ettahfi contacte donc le rectorat, qui lui répond n’avoir pas souvenir d’une telle demande, les établissements scolaires ayant d’habitude moins de scrupules à de débarrasser de leur squelette. « Je leur ai dit que j’avais un cold case à leur soumettre, ils m’ont répondu que, conformément au code de la Santé Publique, il fallait incinérer ses restes » se souvient amusé Hamid Ettahfi. « On est entré en contact avec un service de pompes funèbres qui s’est pris d’affection pour ce squelette » poursuit-il. Au départ, ce sont de véritables funérailles qui sont prévus avec corbillard, incinération au crématorium et dispersion des cendres. C’est alors le coût de l’opération qui fait quelque peu hésiter le lycée Jeanne d’Arc : plus de 2 000 euros à ses frais. Le pauvre Oscar est finalement requalifié en « restes anatomiques » : son incinération pourra donc être réalisée pour seulement 900 euros et ses cendres reposeront dans le jardin du souvenir du lycée.

Pas de funérailles pour Oscar

Alors qu’Oscar semble tout prêt d’être incinéré, il est sauvé in extremis par un dernier coup de théâtre. Grâce à un article qui lui est consacré dans le journal local La Montagne fin mars, les habitants de la région ont vent de son destin. Le lycée Jeanne d’Arc reçoit de nombreux appels d’habitants de la région intéressés par le squelette. « On a reçu des appels farfelus, une agricultrice voulait le récupérer pour sa collection personnelle » raconte le comptable. Hamid Ettahfi entre finalement en contact avec Patrick Poujade, un infirmier anesthésiste exerçant à l’hôpital de Tulle. Depuis des années, ce passionné d’histoire médicale rassemble divers objets (seringues en verre, vieux brancards, restes anatomiques…) pour alimenter le musée d’histoire de la médecine qu’il a ouvert au sein de l’hôpital.

Au début du mois d’avril, Hamid Ettahfi accepte de confier Oscar à l’infirmier, pour qu’il l’expose dans son musée. « Oscar va terminer sa vie dans ce musée, il ne sera pas incinéré, c’est une fin très heureuse, on va lui donner une troisième vie » commente le comptable, fier d’avoir pu aider son ami tout en os. « Avec le temps, ce squelette humain avait tellement servi qu’on avait complètement oublié le caractère humain, on l’avait chosifié, avec cette histoire, on lui rend un peu de son humanité et de sa dignité ». Mais Oscar aurait-il vraiment voulu être exposé dans un musée ? Nul ne le sait.

Nicolas Barbet

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