Une IST qui vaut de l’or

Kansas City, le samedi 18 juin 2022 – Contracter une maladie sexuellement transmissible n’est a priori pas une bonne nouvelle. Mais être infecté par le virus HPV à la suite d’une relation sexuelle non protégée est sans doute la meilleure chose qui soit arrivée à cette habitante du Missouri, dont l’histoire nous est contée par le Kansas City Star (Kansas City étant la plus grande ville du…Missouri).

Selon les dires de cette femme restée anonyme et appelée par ses initiales MO dans la presse, la contamination a eu lieu à la suite d’un rapport sexuel avec son amant en 2017…dans le véhicule de ce dernier. Ayant appris sa contamination un an plus tard, elle accuse son amant d’être responsable, puisque ce dernier se savait porteur du virus, toujours selon ses dires (l’amant aurait d’ailleurs souffert d’un cancer ORL lié au HPV). Surtout, la plaignante a considéré que la société Geico, assureur automobile de son ancien amant, devait l’indemniser, puisque la contamination avait eu lieu dans la voiture de l’assuré.

Qu’est ce que l’usage normal d’un véhicule ?

En février 2021, elle a donc adressé une première demande de dédommagement à la compagnie d’assurance Geico pour la modique somme de 1 million de dollars. L’assureur a (logiquement) refusé de payer une telle somme, indiquant à la plaignante que l’assurance ne couvrait que les « dommages causés par l’usage normal du véhicule », ce qui n’inclut pas (a priori) toute forme de relation sexuelle. Conciliante, la société Geico a cependant accepté de porter le litige devant un arbitre.

Bien mal lui en a pris, puisque l’arbitre désigné par les parties a donné raison à la plaignante et a ordonné à la société Geico de lui verser la somme de 5,2 millions de dollars (5 millions d’euros) ! L’arbitre a retenu que la relation sexuelle ayant lieu dans le véhicule avait « directement causé ou contribué » à la contamination de la plaignante et que puisque son amant était « assuré contre tout dommage résultant de sa négligence dans une action impliquant la voiture » (étrange manière de décrire une relation sexuelle non protégée) l’assureur devait l’indemniser. Pour l’arbitre, ces 5,2 millions de dollars ne sont pas de trop pour compenser le préjudice de la plaignante « justement et équitablement ».

La compagnie d’assurance a évidemment fait appel de la décision de l’arbitre devant la justice étatique, espérant trouver plus de bon sens chez des juges professionnels. Mais le 8 juin dernier, la cour d’appel du Missouri a confirmé la condamnation de Geico à verser les plus de 5 millions de dollars de dommages et intérêts à la plaignante. Les juges professionnels ont estimé que dès lors que l’entreprise avait accepté un arbitrage, elle devait accepter la décision de l’arbitre.

Mieux vaut contracter un HPV que de perdre sa mère

Il reste encore une chance à Geico d’échapper à cette condamnation mirobolante (et quelque peu absurde). La compagnie d’assurance a en effet saisi un tribunal fédéral, où l’affaire sera tranchée par un jury populaire. Elle y soutiendra notamment que la plaignante est en partie responsable de son dommage, puisqu’elle aurait pu avoir une relation sexuelle protégée et que rien ne prouve que ce soit ce rapport véhiculé qui soit à l’origine de sa contamination. Espérons pour l’assureur que les 12 citoyens qui seront tirés au sort pour juger l’affaire n’ont jamais eu de relation sexuelle dans une voiture.

En attendant le prochain procès, prévu pour octobre, l’affaire amuse ou enrage les internautes, dont notamment le milliardaire Elon Musk, qui a déclaré sur Twitter que « ce genre de demande d’indemnisations absurdes est une des raisons pour lesquels les assurances automobiles coutent si cher ».

Le montant de l’indemnisation alloué ne manque en tous les cas pas d’étonner, en tous les cas de notre côté de l’Atlantique. Si la justice américaine considère donc qu’une contamination par le virus HPV vaut 5 millions d’euros, le tribunal Nanterre a récemment accordé 65 000 euros à un homme ayant perdu sa mère à la suite de maltraitances dans un Ehpad.

Quentin Haroche

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