Vapotage en France et en Europe : une ligne de démarcation claire avec les dérives américaines

Paris, le samedi 30 mai 2020 – « Prévenir l'utilisation du tabac et de la nicotine chez les jeunes et les protéger de la manipulation mise en place par les industriels du tabac ». Tel est le thème choisi cette année par l’OMS pour la journée mondiale sans tabac organisée le 31 mai. Cette préoccupation fait certainement écho à ce que certains ont appelé « l’épidémie » de vapotage chez les jeunes américains, qui voit certains d’entre eux être exposés à des teneurs quotidiennes en nicotine parfois supérieures à leurs aînés fumeurs de cigarettes traditionnelles. Cette situation épidémiologique américaine associée à des dérives inquiétantes liées à un détournement et à un mésusage des cigarettes électroniques a jeté le discrédit sur ce dispositif que certains en Europe et notamment en Grande-Bretagne considèrent pourtant comme un outil de sevrage majeur. Ce contraste marque une différence claire entre l’Europe et les Etats-Unis, différence dont le rappel apparait essentiel à l’heure où la lutte contre le tabagisme doit s’imposer après une période de confinement où les messages de prévention ont été moins facilement diffusés et où les habitudes délétères ont pu reprendre. C’est ce que nous rappelle le docteur Sébastien Roux, directeur du Centre de recherche et d’innovation pour la vape (organisme auxquels participent des fabricants de cigarette électronique).

Par le Dr Sébastien Roux*

Dans l’optique de la journée mondiale contre le tabac, instaurée par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), il est indispensable d’apporter quelques clarifications sur les nombreuses polémiques autour de l’efficacité de la cigarette électronique comme outil de sevrage tabagique.  D'autant plus que cette année, la journée mondiale sans tabac présente la particularité de se dérouler après une période de confinement lourde en conséquence pour la santé publique, y compris dans l’Hexagone. C’est ce que vient confirmer la nouvelle enquête de l’agence sanitaire Santé Publique France qui a étudié l’impact du confinement sur la consommation des Français. Il en ressort que, plus d'un quart des fumeurs a fumé davantage durant le confinement. Motifs invoqués de cette augmentation de la consommation de tabac : l'ennui, le manque d'activité, ou encore le stress ressenti durant cette période inhabituelle.


Un contexte qui nous rappelle l’importance de ne pas se tromper d’ennemi et de bien faire la différence entre la cigarette, et la e-cigarette. Dans le cas de la cigarette traditionnelle, la combustion du tabac produit de nombreuses substances toxiques pour l'organisme dont le monoxyde de carbone, les goudrons et des métaux lourds. La cigarette contient également d’autres produits chimiques, pour renforcer l’addiction, qui sont également très dangereux pour la santé.  La e-cigarette, elle, ne contient pas de tabac et ne génère pas de combustion, elle produit essentiellement un aérosol composé majoritairement de propylène glycol et de nicotine (20mg/mL vaporisé maximum en Europe). Des éléments qu’il apparaît essentiel de préciser tout en rappelant que l’objectif de la e-cigarette est l’arrêt du tabac à travers une réduction progressive du dosage en nicotine, produit certes addictif mais non cancérigène.

La question sur le bénéfice/risque de la cigarette électronique se pose désormais, tant au sein de la communauté scientifique que pour les autorités et pour l’opinion publique, surtout après les craintes de l’été 2019 liées aux conséquences dramatiques de certaines pratiques déviantes aux Etats-Unis. Une démarcation apparaît clairement aujourd’hui concernant la cigarette électronique entre l’Europe, France en tête, et l’Amérique.

La déclaration en décembre dernier de l’Académie nationale de médecine qui a rappelé « les avantages prouvés et les inconvénients indûment allégués de la cigarette électronique (vaporette) » a été le point d’orgue de toute une séquence de prise de parole et de positions en France et en Europe pour défendre une vape réglementée, contrôlée, normée même (en particulier par l’AFNOR en France), voire certifiée et labellisée aux antipodes des pratiques américaines sans aucun garde-fous.

Car au pays de l’Oncle Sam où fumer n’a plus bonne presse, la « vape » a pu se développer, y compris chez les très jeunes, attirés par des arômes acidulés dont certaines marques « hype » se faisaient une spécialité, en causant de graves atteintes pulmonaires. Additifs suspects, taux de nicotine stratosphérique, huile notamment de cannabis ajoutée, produits non déclarés auprès de la FDA (Food and Drug Administration) : la régulation autour de la vente d’e-cigarette a longtemps été inexistante. Toutefois, en réalisant que cela conduisait à des problèmes de santé majeurs voir mortels, les Etats-Unis ont décidé de réglementer la vente d’e-cigarette. Cela, en interdisant la vente d’arômes fruités uniquement pour les recharges fermées avec comme objectif premier la protection de la jeunesse.

Pour autant, la réglementation américaine axée autour une interdiction partielle de la vente des arômes ne garantit pas la sécurité et le contrôle, pourtant crucial, des cigarettes électroniques. Et c’est cette dissemblance entre le cadre réglementaire américain et celui des européens qu’il est nécessaire de rappeler en permanence dans la foulée de la prise de position de l’Académie nationale de médecine.

Pour rappel, la e-cigarette aux Etats-Unis peut contenir toutes sortes d’additifs y compris de l’huile de cannabis et des taux de nicotine très élevés. Le CDC (Centers for Disease Control and Prevention - principale agence de santé publique aux Etats-Unis) a confirmé que l’huile de THC (principale molécule active du cannabis) est la cause de ces nombreuses maladies qui ont touché plusieurs centaines de vapoteurs aux Etats-Unis.

En Europe et en France, le contexte est différent, notamment parce que le marché de la cigarette électronique est strictement régulé et ciblé pour le sevrage tabagique.  Des directives comme celle sur les produits du tabac (TPD), rendent obligatoire la précision des compositions des e-liquides et limitent leur promotion. La cigarette électronique doit aussi se conformer au règlement européen Classification Labelling Packaging (CLP) et, en France à la loi de modernisation du système de santé de 2016. D’autre part, la loi encadre également étroitement le développement de la vape dont la vente aux mineurs est d’ailleurs interdite dans notre pays. Conséquence : le vapotage quotidien chez les moins de 18 ans est quasi inexistant en France comme le montrent les études de l’OFDT (office français des drogues et toxicomanie). Il n’y a pas d’effet passerelle entre e-cigarette et cigarette classique contrairement à ce qu’on observe outre-Atlantique.

Pour rappel, en France, le tabagisme est la première cause de mortalité évitable, avec environ 75 000 décès chaque année. En moyenne, un fumeur régulier sur deux meurt prématurément des causes de son tabagisme. Face à ce constat, les récents baromètres de Santé Publique France, évoquent que la cigarette électronique est en train de montrer son rôle actif pour aider les fumeurs à arrêter progressivement le tabac. Pour plus d’un quart des ex-fumeurs quotidiens interrogés, la e-cigarette a été la première aide à cet arrêt du tabac. Le docteur Marion Adler, tabacologue, l’affirme d’ailleurs lors de ces prises de parole sur le sujet : « La durée de vapotage n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est l’arrêt définitif du tabac. Si on substitue le tabac par un produit nicotinique comme la vape, c’est déjà bien. »

Certes, il nous manque encore sur le Vieux Continent (les Britanniques ont, eux, pris un peu d’avance sur le sujet) les preuves chiffrées et incontestables venues des autorités de santé, qui permettraient de démontrer les vertus de cette spécificité française et européenne et d’assurer un cadre réglementaire concomitant avec les résultats scientifiques dans le but de reconnaître la vape comme outil performant au service du sevrage tabagique.

Ce sera le cas dans les prochains mois avec l’étude ECSmoke en cours avec la participation de 15 hôpitaux français sous la houlette de l’APHP (Assistance Publique Hôpitaux de Paris). Les premiers éléments qui commencent à être publiés viennent confirmer cette dynamique positive.

Contrairement à ce qui se passe en terre américaine, le développement contrôlé de la e-cigarette dans nos pays devrait bien se révéler une aide utile face à l’addiction tabagique dont les effets nocifs sur nos organismes et plus largement sur nos systèmes de santé n’ont plus à être démontrés.

L’objectif de tout cela est clair : parvenir à la première génération française sans tabac en 2030.

*Directeur du CRIVAPE, Centre de recherche et d’innovation pour la vape

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Vos réactions (5)

  • Tabac / Nicotine que de confusion

    Le 30 mai 2020

    Dès que l'on touche à ce sujet il y a beaucoup de controverses dues à une mauvaise sémantique.
    Qu'est ce qui est cancérigène ? Pas le tabac, mais la cigarette ou toute autre forme de tabac fumé avec des additifs. C'est la combustion de ces additifs qui est délétère pas la feuille de tabac.
    La nicotine n'est pas grave ? Ce n'est pas cancérigène jusqu'à preuve du contraire, mais c'est le produit actif le plus addictif. L'addiction n'est elle pas à risque ?
    D'où tire-t-on la nicotine ? Du tabac principalement, donc il faut cultiver encore du tabac.
    En plus avec le Covid on a soulevé l'effet potentiellement protecteur de la nicotine... Allez demander à un fumeur enfermé en confinement d'arrêter de fumer quand on lui dit que la nicotine protège...
    Il faudrait clarifier:
    Le tabac produit la nicotine. La nicotine n'est pas dangereuse en soi. Le tabac est dangereux, mais la nicotine c'est mieux mais addictif. Il faut lutter contre l'addiction au tabac, donc à la nicotine ?
    Qui de la poule ...

  • Réponse au "quid de la poule..."

    Le 30 mai 2020

    Elle est simple est dans l'article. Dont:

    "Dans le cas de la cigarette traditionnelle, la combustion du tabac produit de nombreuses substances toxiques pour l'organisme dont le monoxyde de carbone, les goudrons et des métaux lourds. La cigarette contient également d’autres produits chimiques, pour renforcer l’addiction, qui sont également très dangereux pour la santé. " (sic)

    (lesquels sont cancérigènes, pas la nicotine)

    Dr Rousseaux

  • Tabagisme et confinement

    Le 30 mai 2020

    A lire l'extrait de l'article (ci dessous), on comprend que près des 3/4 des fumeurs ont réduit leur consommation...moins de stress au travail ou peur de mourir ?
    C’est ce que vient confirmer la nouvelle enquête de l’agence sanitaire Santé Publique France qui a étudié l’impact du confinement sur la consommation des Français. Il en ressort que, plus d'un quart des fumeurs a fumé davantage durant le confinement. Motifs invoqués de cette augmentation de la consommation de tabac : l'ennui, le manque d'activité, ou encore le stress ressenti durant cette période inhabituelle.

    Dr Laurent Talmont

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