Vœu de silence

Paris, le samedi 6 juillet 2019 - Il vit au cœur d’une tempête médiatique. Pourtant, rares sont ceux qui connaissent son visage. Pas plus que le son de sa voix. Un de ses prédécesseurs avait adopté une attitude très différente : s’exposant assez largement devant les médias, n’hésitant pas à mettre en avant son rôle et les éventuelles contradictions entre ses convictions et ce qu’il était prêt à faire pour répondre au souhait des patients et aux prescriptions de la justice. Lui, ce sera le silence.

Mail

Cette discrétion contraste singulièrement avec l’agitation qui entoure le dossier. Et souvent il a la maîtrise des silences qui rythment cette affaire si oppressante. Vendredi 28 juin, la Cour de Cassation annule la décision de la Cour d’appel de Paris qui en constatant une « voie de fait » avait ordonné la reprise de l’alimentation et de l’hydratation de Vincent Lambert. Chacun attendait alors une réaction rapide du docteur Vincent Sanchez. Elle ne vint pas. Pendant tout un long week-end, le silence. Vincent Sanchez pouvait-il redouter les menaces de plainte pour assassinat que font peser sur lui les parents de Vincent Lambert et leur avocat ? Le praticien allait-il à l’instar de celle qu’il a remplacée en 2017 considérer que les conditions de sérénité indispensables n’étaient pas réunies pour une nouvelle fois lancer une procédure d’arrêt des soins. Beaucoup jugeaient que face à une situation si délicate, face à l’animosité exprimée par la famille et surtout face à la douleur ressentie par tous, qu’ils souhaitent ou non l’arrêt des soins, il serait parfaitement compréhensible que le médecin renonce. Mais mardi, une brève information indiquait que le praticien avait alerté par mail chaque membre de la famille que la procédure d’arrêt des soins allait reprendre. Une missive invitant chacun à respecter la dignité de Vincent. Rien de plus. Un simple mail pour éviter les déclarations indignées, les confrontations stériles, les nouvelles invectives. Et surtout pas d’informations délivrées aux médias ; le docteur Sanchez s’est presque toujours refusé de parler à la presse.

Directives prémonitoires

Avant qu’il ne soit chef du service de soins palliatifs du CHU de Reims, alors qu’il exerçait à l’hôpital Robert-Pax de Sarreguemines (Moselle), les équipes du Républicain Lorrain avaient pu approcher celui qui n’était pas encore le silencieux célèbre qu’il est devenu. Il recevait alors dans son service le médecin et député Jean Leonetti et avait évoqué avec lui la question épineuse des directives anticipées. Il avait regretté devant les journalistes et l’élu que trop peu nombreux soient les Français ayant rédigé de telles dispositions.

Pas un choix délibéré, pas un frein

Deux ans plus tard, il pouvait mesurer d’une manière frontale la justesse d’une telle observation. Bien sûr, en arrivant au CHU de Reims, le docteur Sanchez n’ignorait pas que son service accueillait Vincent Lambert. La demi-sœur de ce dernier, Marie-Geneviève Lambert raconte : « Lors de notre rencontre début 2018, je lui ai demandé "est-ce que vous saviez ce qui vous attendait en venant ici (à Reims) ?". Il m’a répondu, avec un petit sourire "A votre avis ? En tout cas, (être confronté à l’affaire Lambert) n’a pas été la raison de mon choix de venir ici" ». Mais pas non plus une raison suffisante pour renoncer à cette affectation, signe probable d’une confiance parfaite en sa capacité à faire face à la situation, même si toutes les entraves judiciaires ne pouvaient être devinées.

Détermination ou froideur

Marie-Geneviève Lambert et son fils confirment le portrait que l’on devine. Ils décrivent un médecin très "secret", même parfois avec sa propre équipe, mais déterminé. Le docteur Sanchez semble notamment savoir parfaitement s’extraire de la frénésie qui l’entoure : « Il a fermé toutes les écoutilles, il a décidé d'y aller et il y va, peu importe ce qu'il entend à droite et à gauche » observait François Lambert à la veille du second arrêt des soins. Mais le praticien laisse parfois affleurer ses émotions : quand la cour d’appel a annulé l’arrêt des soins, il n’a pas caché aux proches de Vincent Lambert favorables à la fin des traitements qu’il considérait cette décision comme « cruelle ». François Lambert voit également en lui un côté « paternaliste » dans un sens ici assez positif. Mais au-delà, il demeure «  très pondéré, très rationnel, équilibré, légaliste » décrit Marie Lambert.

Bien sûr le ressenti des parents de Vincent Lambert est très différent : ils déplorent sa froideur, mise en évidence par son choix de communiquer toutes les informations, même les plus décisives, par mail ou courrier. Sans doute le praticien n’apportera aucune réponse à ces différentes observations, semblant avoir fait, face à cette affaire qui a tant fait parler d’elle, vœu de silence.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Pas prise à la médiatisation

    Le 06 juillet 2019

    Ce médecin est juste remarquable et a adopté une posture qui ne donne pas prise à la médiatisation. Cette histoire est dramatique et juste intolérable, mais qu’est ce que la justice a affaire là dedans ? Qui mieux qu’une équipe réfléchie et dans une culture éthique peut décider d’arrêter les soins ? Car on est bien dans l’acharnement thérapeutique. Tout ce bruit où d’ailleurs à aucun moment les difficultés des médecins sont même ébauchées. Ce médecin peut sembler froid, mais contre le dogme, aucune discussion n’est possible. Il se protège, c’est tout.

    Dr Marilyn Kalfa

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