Lève-toi et marche

Lausanne, le samedi 12 février 2022 – Des paraplégiques ont réussi à marcher de nouveau grâce à une stimulation électrique de la moelle épinière.

Depuis dix ans, les Pr Jocelyne Bloch et Grégoire Courtine de l’université de Lausanne travaillent sur la stimulation électrique de la moelle comme dispositif pour rendre à des paraplégiques l’usage de leur membres inférieurs. Après quelques résultats encourageants obtenus en 2018, leurs travaux semblent enfin couronnés de succès. Dans un article publié le 7 février dernier dans la revue Nature Medicine, les deux scientifiques suisses indiquent avoir réussi à redonner leurs fonctions sensorimotrices à trois hommes âgés de 29 à 41 paralysés à la suite d’un accident.

Voir la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=4wUADfnCMdc

Pour obtenir ce résultat, l’équipe de scientifiques a implanté à chaque patient un stimulateur doté d’électrodes disposées de manière à concerner spécifiquement les zones impliquées dans la locomotion et le mouvement du tronc. Grâce à des techniques d’imagerie pré et intra opératoire (scanner et IRM) et à un système d’intelligence artificielle, les scientifiques ont pu adapter la répartition des électrodes à chaque patient, afin qu’elles soient la plus précise possible.

Marche, boxe et canoé-kayak

Les résultats sont particulièrement spectaculaires, puisque les trois hommes ont réussi à faire 300 pas sur un tapis roulant à peine 24 heures après la pose de l’implant. Après 5 mois de rééducation, l’un des patients a réussi à parcourir 1km sans interruption sur un sol plat. Un des (ex)paralysé a même pu reprendre la boxe, tandis que l’autre peut de nouveau s’adonner au canoé-kayak. Les examens neurologiques ont par ailleurs confirmé que les trois sujets avaient retrouvé la sensibilité de leurs membres inférieurs.

L’implant est couplé à un logiciel qui permet à chaque patient d’adapter l’électrostimulation à l’action qu’il souhaite entreprendre ou à ses sensations. Les chercheurs ont ainsi créé différents programmes spécifiques à la nage, la marche, le vélo etc. Seul défaut de cette technologie, elle nécessite une stimulation électrique permanente, ce qui épuise le patient. Dès que le dispositif est éteint, le patient perd rapidement de nouveau sa mobilité.

L’équipe de Lausanne va maintenant lancer une étude clinique plus large, en partenariat avec la start-up néerlandaise Onward, qui souhaite développer une application pour smartphone qui permettra de déclencher la stimulation électrique et de programmer son intensité. Grégoire Courtine espère notamment que cette étude à grande échelle pourra notamment permettre d’étudier les effets de cet implant chez des personnes qui souffrent d’une paralysie plus récente. « L’efficacité de notre dispositif serait majorée si on l’utilisait plus tôt, nous l’avons déjà démontré chez l’animal » affirme-t-il. Quant à Jocelyne Bloch, elle estime que cette technologie pourra être accessible au plus grand nombre « avec un peu de chances d’ici quelques années ».

Nicolas Barbet

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