Super héros, super prothèse

Paris, le samedi 20 avril 2019 – Ce n’est sans doute pas exactement là où on les attendait. Pourtant, ces derniers mois, des éditeurs de jeux vidéo ou des producteurs de films de super héros participent à des projets de fabrication de prothèses orthopédiques pour enfants. Riot Games (éditeur du célèbre jeu League of Legends) s’est ainsi récemment associé à la société Limbitless Solution pour mettre au point des prothèses d’avant-bras pour enfants inspirées des personnages du jeu. Avant Riot Games, Disney, Marvel, Star Wars s’étaient également engagés dans de tels projets. Le studio 343 Industries responsable pour sa part du jeu vidéo Halo s’est également rapproché de Limbitless Solutions pour proposer des prothèses reprenant l’univers de son programme.

Rejet du mimétisme

Pas totalement dépourvues d’arrières pensées marketing, ces initiatives révèlent plus profondément l’émergence d’un mouvement qui voit ces dernières années certaines personnes privées d’un membre (enfants mais aussi adultes) se tourner préférentiellement vers des prothèses non mimétiques, en dépit des très importants progrès réalisés en la matière. Président de l’Union française des orthoprothésistes (UFOP), Benoît Baumgarten constate le développement de cette tendance depuis une dizaine d’années. « L’une de mes patientes est amputée au niveau fémoral. Elle en avait assez du regard insistant des autres sur sa prothèse de genou. Elle m’a donc demandé de la peindre en rose Barbie. Désormais, les gens posent le regard une fois dessus et passent à autre chose » racontait par exemple le spécialiste à France TV Info récemment.

Assumer plutôt qu’avoir l’air de vouloir tromper

Cette distance avec les prothèses ultra ressemblantes paraît notamment répondre à la volonté de plus en plus marquée des personnes handicapées d’assumer avec fierté leur différence. Elle pourrait également s’expliquer par le malaise que pourrait susciter l’identification de la prothèse, d’abord perçue comme un membre "réel". « Tout part d’une dissonance cognitive. Le cerveau aura tendance à rejeter ce qui lui est incertain, qu’il n’arrive pas à catégoriser » explique la chercheuse Laurence Devillers. Ce rejet pourrait également être la réaction à un sentiment de tromperie. Cette idée a été théorisée sous le nom de « vallée de l’étrange » par le roboticien japonais Masahiro Mori dès les années 70 et si elle a été confortée par de nombreuses expériences psychologiques, elle n’est pas parfaitement étayée scientifiquement et est parfois remise en question. Mais l’abandon par certains des prothèses les plus mimétiques est également peut-être le témoin d’un désir d’appropriation.

A cet égard, quelques spécialistes affirment que plus encore que les prothèses de super héros, ce sont les prothèses dessinées par leurs soins (avec des couleurs et des motifs qu’ils ont choisis) que les enfants préfèreraient.

Aurélie Haroche

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