Antoine Pelissolo, un psychiatre follement engagé

Créteil, le samedi 18 novembre 2023 – Chef du service de psychiatrie du CHU Henri Mondor de Créteil, le Pr Antoine Pelissolo, est de tous les combats pour la défense de l’hôpital public.

Lorsqu’un appel à la désobéissance a été lancée samedi dernier à l’attention des médecins, leur enjoignant de continuer à soigner gratuitement les immigrés clandestins, quand bien même l’aide médicale d’Etat (AME) viendrait à être supprimée par le Parlement, on était peu étonné de retrouver parmi les médecins à l’initiative de cette tribune le Pr Antoine Pelissolo. Depuis plusieurs années, ce psychiatre francilien fait partie, avec le Dr Patrick Pelloux ou le Dr Christian Prudhomme, de ces médecins engagés, à gauche, qui n’hésitent pas à monter régulièrement au créneau pour défendre l’hôpital public et les valeurs humanistes que la médecine est censée porter. 

Celui qui essaye de changer les choses

« A l’hôpital, il y a trois catégories de médecins : les résignés, ceux qui fuient et ceux qui essayent de changer les choses » expliquait-il en 2019. Le chef du service de psychiatrie du CHU Henri Mondor de Créteil fait assurément partie de la troisième catégorie. En caricaturant à peine, on pourrait dire qu’il n’y a presque pas une tribune alertant sur l’état désastreux de l’hôpital public et notamment de la psychiatrie, qui n’ait pas été signée par le Pr Pelissolo ces cinq dernières années. Un engagement que le psychiatre de 57 ans tient peut-être de sa mère, militante féministe.

Le Pr Pelissolo aura pourtant mis du temps à s’engager réellement dans le combat pour la défense du service public. S’il s’est fait rapidement connaitre hors du cercle médical, c’est par la parution, dès 2009, d’une série de livres visant à vulgariser la psychiatrie auprès du grand public, mais également à dénoncer ce qu’il estime être les fausses promesses de la psychanalyse (il participera au Livre noir de la psychanalyse en 2005).

L’engagement militant ne sera rendu publique finalement qu’en 2019, lorsqu’il participe à la création du collectif inter-hôpitaux (CIH). Un mouvement qui aboutira à une grande manifestation en faveur de l’hôpital public le 14 novembre 2019, dont il sera l’une des têtes du cortège, s’imposant ainsi comme l’un des nouveaux visages du militantisme hospitalier.

La pandémie de Covid-19 confirmera les alertes émises par le CIH, tout en mettant quelque peu de côté les difficultés structurelles de l’hôpital public et de la psychiatrie. Pendant cette crise, le Pr Pelissolo prendra publiquement parti pour les mesures les plus restrictives, du confinement au port obligatoire du masque dans la rue. A contre-courant de certains de ses confrères, il jugera que les difficultés psychiatriques engendrés par les restrictions de liberté étaient secondaires face à la nécessité de lutter contre la pandémie.

L’échec de 2022

De l’action militante à l’engagement politique, il n’y a qu’un pas, que le Pr Pelissolo va franchir, mais avec un succès moindre. S’il parvient à être élu premier adjoint au maire de Créteil en 2020, il participe également, en tant que conseiller santé, au naufrage politique qu’a été la campagne présidentielle de la maire de Paris Anne Hidalgo, qui ne recueillera qu’1,7 % des suffrages en 2022.

Après cet échec politique, le Pr Pelissolo s’est donc consacré au travail de terrain. Il mène ainsi de front son activité médicale et ses travaux de recherche et continue son travail de vulgarisation auprès du grand public, puisqu’il a animé en septembre dernier sur France culture une série de podcasts sur l’anxiété. Mais l’engagement militant demeure, comme le montre cette dernière tribune sur l’AME, justifiée selon lui par « notre éthique médicale et le serment d’Hippocrate qui porte l’engagement de soigner toute personne qui a besoin de soins, quelque soient ses origines et ses moyens financiers ». Et pour le Pr Pelissolo, exemple du médecin engagé dans la cité, cette attitude ne s’arrête pas à la porte du cabinet.

Quentin Haroche

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