Avait Trouvé la Clé du Graal

Cambridge, le samedi 30 novembre 2013 – On se plaît à imaginer que les chercheurs ayant reçu un prix Nobel couronnant leurs travaux n’accordent plus tout à fait la même attention les années suivantes à l’annonce des lauréats de cette prestigieuse distinction. Certains pourtant pourraient connaître une seconde fois l’immense surprise de voir leur nom annoncé par l’Académie Nobel. Ce fut le cas dans l’histoire de quatre scientifiques de génie : John Bardeen, prix Nobel de physique en 1956 et 1972, Marie Curie distinguée en 1903 en physique et en 1911 en chimie, Linus Pauling avec un doublé chimie/paix en 1954 et 1962 et Frederick Sanger dont les deux Prix Nobel de Chimie furent séparés de 22 ans d’écart.

« Un type qui fait des bêtises »

Frederick Sanger qui s’est éteint le 19 novembre à l’âge de 95 ans à Cambridge n’était cependant probablement pas de ceux qui scrutent les annonces de l’Académie Nobel, que ce soit une première fois et encore moins une seconde. L’homme, en effet, se démarquait de nombreux autres chercheurs de génie par une grande modestie. Ayant refusé d’être anobli par la Reine en 2000, il se décrivait ainsi comme un « type qui fait des bêtises dans son laboratoire » se souvient The Guardian. Ces bêtises, pourtant, ont révolutionné la médecine moderne.

Précurseur de Francis Crick

Ce fils de médecin, né à la fin de la première guerre mondiale le 13 août 1918 et qui refusa de participer à la seconde (il fut exempté de service militaire comme objecteur de conscience) se destina très tôt à la physiologie et à la biochimie. Ainsi, ce futur père de trois enfants consacre en 1943 sa thèse au métabolisme de la lysine. A l’issue de son doctorat, les acides animés continuent à le passionner et il s’intéresse alors à l’étude des acides animés constituant l’insuline bovine. Ces travaux lui permettent de tirer des conclusions cruciales sur la structure des protéines, notamment celle de l’insuline, conclusions qui seront à la base des travaux de Francis Crick sur l’ADN et qui valent à Frederick Sanger d’être récompensé, à tout juste quarante ans, en 1958 par un (premier) prix Nobel de chimie.

Quand Cambridge était en concurrence avec Cornell

Cette distinction va le conduire à la tête d’une unité de recherche sur la chimie des protéines au sein de l’université de Cambridge. Il décide d’entraîner son équipe dans une quête folle : le séquençage de l’ARN, puis de l’ADN. « On disposait à l’époque de quelques enzymes qui coupaient l’ARN à des endroits spécifiques. Avec sa méthode d’électrophorèse bidimensionnelle, il était précurseur » explique interrogé par le Monde le directeur du Génoscope, Jean Weissenbach. En 1967, Sanger parvient à un exploit : la publication d’une séquence de 120 nucléotides d’un ARN de transfert de la bactérie E.coli. Jusqu’alors, on disposait « seulement » de la séquence de 77 nucléotides d’une levure proposée deux ans plus tôt par l’université de Cornell.

La méthode Sanger

Frederick Sanger et son équipe poursuivent leurs travaux en s’attaquant à l’ADN. Ils proposent d’abord une méthode efficace mais laborieuse qui leur ouvre le secret du génome du bactériophage phi X 174. Ce sont ces travaux qui valent à Frederick Sanger de recevoir en 1980 un second Prix Nobel de chimie. Peu avant cette nouvelle distinction, il était parvenu à affiner sa technique et celle que l’on appelle la « méthode Sanger » était née en 1977. Elle sera à la base des travaux de séquençage du génome humain conduit deux décennies plus tard, alors que Frederick Sanger avait alors, enfin, pris sa retraite.

Aurélie Haroche

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