Dans la mêlée

Paris, le samedi 27 juin 2020 - Notre hommage aux professionnels de santé qui ont été infectés par SARS-CoV-2 et qui sont morts des complications de cette infection il y a quelques semaines révélait comment de nombreux médecins retraités ont répondu ou ont devancé l’appel des pouvoirs publics sur l’ensemble du territoire à renforcer les équipes permanentes. Ainsi, tout en connaissant les risques menaçant prioritairement les plus âgés, ces médecins n’ont cependant pas hésité à se montrer au rendez-vous. Ce dévouement a en partie éclipsé la mobilisation des plus jeunes. Pourtant, chez les étudiants mais également chez les jeunes médecins, les élans ont également été nombreux. Ainsi, des praticiens libéraux n’ont pas hésité à fermer leurs cabinets (par ailleurs désertés) pour quelques semaines afin de renflouer les rangs des équipes hospitalières.

Courir jusqu’aux buts

Le point de départ de leur motivation a souvent été la constatation qu’à la différence de leurs aînés, leurs risques étaient bien plus réduits. Ainsi, le docteur Loursac témoigne dans le Figaro : « C’était évident pour moi que les médecins plus jeunes, donc moins à risques, devaient donner un coup de main, plutôt que les médecins retraités ». Le nom du praticien évoquera peut-être quelques souvenirs aux afficionados du rugby : ce spécialiste de médecine du sport est en effet un ancien joueur, qui a porté le dossard de LOU (Lyon Olympique Universitaire) notamment en élite (Top 14). Si Romain Loursac n’a pas hésité à enfiler la blouse de médecin urgentiste, c’est sans doute aussi parce que les longues heures de travail lui sont coutumières. Il a en effet concilié sa carrière de joueur de rugby avec ses études de médecine : deux trajectoires ambitieuses qu’il a suivies avec une force tranquille. « Entre la fac de médecine, les entraînements et les matchs, je n’avais jamais un jour de repos » se souvient-il néanmoins dans le Figaro. Cependant, en dépit de ses succès sportifs, il lui était inconcevable d’envisager de restreindre son horizon de vie à cette seule activité. « Je ne pouvais pas imaginer ne pas faire d’études en même temps. Ce fut une chance. Je ne me suis jamais déconnecté de la vraie vie ».

Match sans action

Quand l’épidémie de Covid-19 débute en France, Romain Loursac a pris sa retraite sportive depuis trois ans, mais n’a cependant pas abandonné la pratique du rugby. En outre, il débute une nouvelle aventure professionnelle : l’ouverture d’un cabinet libéral dédié à la médecine du sport. Il n’est pas difficile de concevoir que lorsque toute activité cesse, le désir d’activité de Romain Loursac ne puisse facilement s’essouffler et qu’il ait choisi naturellement de proposer son aide à ses confrères urgentistes de l’hôpital de la Croix Rousse (où il travaille en tant que médecin du sport). Aucune surcharge n’a finalement été déplorée dans les services de réanimation lyonnais, tandis que les urgences connaissaient une accalmie inédite et parfois inquiétante, en ce qui concerne notamment la disparition des patients présentant des douleurs thoraciques ou des signes d’AVC. « On est passé d'une trentaine de consultations en temps normal à 4 ou 5 consultations seulement sur une garde d'une douzaine d'heures. On n'a plus les accidents liés aux compétitions sportives, les accidents de trottinettes, les accidents de la route. Il nous reste quelques personnes qui se cassent la figure, les plaies, les blessures dans la cuisine, résume Loursac. Toutes les fausses urgences ne viennent plus. Une personne qui a mal au dos depuis 10 jours, elle ne va pas venir. Les patients réfléchissent à deux fois » avait raconté le docteur Loursac au Parisien en avril. 

Avec la fin de l’épidémie, Romain Loursac n’a cependant pas choisi de retrouver une activité parfaitement "normale". Celui qui était déjà médecin du XV de France féminin, a renoué avec son ancien club… mais cette fois comme praticien. Il a ainsi pu notamment évaluer l’impact du confinement sur la santé des joueurs et sur leur force musculaire. Retour dans la mêlée.

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