Défendre sa voix

Washington, le samedi 17 octobre 2020 – La campagne présidentielle américaine est présentée en France de façon majoritairement univoque : les qualités de Joe Biden comparativement à son adversaire sont dépeintes de telle façon qu’on ne peut qu’être stupéfaits d’apprendre que certains sondages commencent à entrevoir une élection plus disputée qu’annoncée. Si cette orientation manifeste de notre presse doit sans doute inciter à la prudence, certaines manipulations commises par le camp républicain suscitent objectivement la consternation.

Coup bas politique classique

La mise en scène d’activistes porteurs de handicap n’est sans doute pas uniquement l’apanage des démocrates. Même si l’hostilité claire de l’administration Trump vis-à-vis des mesures adoptées par Barack Obama pour améliorer la couverture santé des Américains incite probablement une majorité de personnes handicapées à préférer les démocrates, les républicains en comptent évidemment dans leurs rangs. Et la communication politique est friande des scènes où les leaders politiques manifestent leur sollicitude en discutant avec des personnes handicapées. Que l’autre camp veuille alors moquer ces « séquences » obligées est probablement peu noble, mais participe à la guerre habituelle. Ce qui l’est beaucoup moins c’est d’utiliser les déficiences d’une personne handicapée pour détourner un message.

Voix synthétique

Or, les participants à la convention démocrate organisée fin août pour le 100ème anniversaire du droit de vote accordé aux femmes ont été étonnés de découvrir sur les réseaux sociaux une vidéo, postée par le numéro deux de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Steve Scalise (Lousiane), où Andy Barkan, avocat de 36 ans, atteint de sclérose latérale amyotrophique, interpelle Joe Biden. Il lui demande s’il ne considère pas qu’une partie des fonds alloués aux forces de sécurité dans leur ensemble ne devrait pas être redirigée « vers la police ». Joe Biden répond de façon définitive : « Oui, absolument ». En pleine période marquée par des manifestations contre la brutalité de la police, la réponse est mise en exergue par le camp de Donald Trump comme la révélation d’une duperie du candidat démocrate. Or, en réalité, la question d’Andy Barkan était totalement différente : il avait interpellé son candidat afin de connaître son sentiment sur le redéploiement d’une partie des fonds dédiés à la sécurité à d’autres secteurs comme les logements ou les services sociaux. Joe Biden avait d’ailleurs répondu qu’il en était convaincu, même si la sécurité devait continuer à être une priorité elle aussi. Si une telle manipulation a pu être si facilement faite, c’est qu’Andy Barkan utilise un synthétiseur de voix pour pouvoir s’exprimer, sa maladie l’empêchant de parler.

Pays le plus riche du monde

Cette déformation a été fortement dénoncée sur les réseaux sociaux : la supercherie aux dépens d’une personne lourdement handicapée a été conspuée, y compris dans les rangs de Donald Trump. Cette séquence a contribué à renforcer la visibilité d’Andy Barkan, qui est loin d’être uniquement un « alibi ». Cité par le magazine Time comme l’une des 100 personnalités de l’année, l’avocat, qui a également été désigné comme « le plus grand activiste » de la campagne multiplie les interventions pour défendre Joe Biden, mais surtout l’importance de conserver un système de couverture sociale pour l’ensemble des Américains. « Nous vivons dans le pays le plus riche au monde et nous sommes incapables de garantir le droit humain le plus basique, Tout le monde vivant aux États-Unis devrait pouvoir avoir une assurance maladie » avait-il ainsi lancé lors de la fameuse convention où sa voix, même déformée, a été clairement entendue.

Aurélie Haroche

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