Devant ses juges

Madrid, le samedi 20 avril 2019 – Le caractère spectaculaire, surtout face à un tel sujet, peut d’abord agacer. Se mettre en scène, s’héroïser, est toujours un risque. Et Marcos Hourmann l’a volontairement accepté. Mais quand on comprend qu’il n’y a pas de volonté d’arborer un masque complaisant en foulant les planches, quand on perçoit que la volonté de transparence n’a pas débuté avec ce spectacle, on se sent davantage rasséréné. Car le 28 mars 2005, Marcous Hourmann n’a rien dissimulé. Il n’a pas joué de rôle. Ou si, celui qu’il pensait être le sien.

Chlorure de potassium

Cet Argentin alors âgé de 45 ans est médecin urgentiste à l’hôpital de Tarragone quand il doit prendre en charge une patiente âgée de 82 ans atteinte d’un cancer du côlon en phase terminale et de plusieurs autres pathologies. Carmen ressent des douleurs intenses et aurait exprimé au praticien son désir de mourir dès son arrivée. Bien qu’il soit profondément favorable à l’instauration d’un droit de mourir pour la dignité et qu’il ait été durablement marqué un mois plus tôt par le film Mar adentro racontant le combat du marin Ramon Sampedro en faveur de l’euthanasie, le docteur Marcous Hourmann prodigue à Carmen des soins parfaitement conformes aux recommandations en vigueur en Espagne. Il a ainsi tenté de soulager le plus efficacement possible ses souffrances en la plongeant notamment dans un état de sédation profonde. Mais quelques heures plus tard, alors qu’il se repose pendant sa garde, il est rappelé par l’infirmière. « Carmen continuait de s’étouffer » raconte aujourd’hui le médecin dans le spectacle créé autour de son histoire par le metteur en scène Alberto San Juan où il joue son propre rôle. La fille de Carmen l’implore « Je ne peux la voir comme ça ». Alors Marcous Hourmann choisit d’administrer du chlorure de potassium à la vieille dame qui meurt presque instantanément.

Killer doc

Quand le docteur Marcous Hourmann est relevé de sa garde, l’équipe suivante n’ignore rien de son acte. Car le praticien l’a indiqué sans faux semblant sur le certificat de décès. « Si je ne l’avais pas écrit, je serais allé contre mes idées » affirme-t-il. Inévitablement, il est alors poursuivi pour meurtre. Si l’affaire soulève une forte émotion en Espagne, la justice, après quatre ans d’une longue procédure judiciaire se montre clémente : réduisant la peine initiale prévue de dix ans de prison à un an que le praticien n’ayant pas de casier judiciaire ne passe pas derrière les barreaux. Marcous Hourmann pense alors que cette histoire est derrière lui, mais quand il part exercer la médecine en Grande-Bretagne, il est bientôt rattrapé par des tabloïds qui le baptisent : « Killer doc ». Cette médiatisation le conforte dans l’idée d’incarner le combat en faveur de l’euthanasie en Espagne.

Celebraré mi muerte

C’est ainsi notamment qu’est né le projet du spectacle documentaire « Celebraré mi muerte » (Je fêterai la mort) actuellement visible à Madrid, où le praticien explicite ce titre provocateur en précisant que « donner la mort » dans les conditions où il l’a fait revient à « célébrer la vie ». La pièce, qui invite explicitement les spectateurs à prendre position, à "juger" l’homme et ses actes, donne également la parole à des opposants à l’euthanasie alors qu’à la veille de nouvelles élections législatives (le 28 avril) le débat fait rage en Espagne.

Le parti socialiste a en effet affirmé qu’il défendrait une loi proche de celles existant aux Pays-Bas et en Belgique s’il disposait de la majorité, tandis que le Parti populaire dénonce une réponse à un problème « inexistant ».

Aurélie Haroche

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