Faire entendre sa petite musique

Toulouse, le samedi 21 septembre 2019 – En se penchant sur les années anciennes, on s’interroge parfois : reconnaîtrait-on la jeune fille ou le jeune homme qui passait dans les mêmes rues vingt-ans auparavant et qui se faisait passer pour vous ? Pour certains, la réponse est douloureusement définitive. Absolument négative.

De Pone…

Qu’y-a-t-il de commun entre le « Bad boy du Panier » comme on le surnommait avec ses camarades de gloire et l’homme qui aujourd’hui habite un lit au premier étage d’une belle maison du sud-ouest de la France ? C’était un DJ talentueux, membre d’un groupe de rap en vue et comme souvent les stars en la matière, il n’a pas évité quelques excès et quelques frasques sur le chemin de ses tournées. Il avait 19 ans quand il a quitté en 1992 sa région toulousaine natale pour gagner Marseille. Avec son ami François Dilhan, il rêve de carrière musicale. Et leurs espoirs seront comblés : en 1998, l’album composé et interprété par son groupe la Fonky Family (auquel sont associés plusieurs autres musiciens et chanteurs) remporte un succès tant auprès du public que de la critique. Quatre-cent mille exemplaires seront vendus. Une dizaine d’années marquées à la fois par les succès et les ruptures au sein du groupe suivront ce début fulminant. Mais malgré les fans et les disques d’or, la formation éclate. Celui qui est connu sous le nom de Pone n’abandonne cependant pas la musique. Il continue à composer pour des "stars" (telle Diams) et projette de réaliser un album solo. Mais en 2015, il apprend qu’il est atteint d’une sclérose latérale amyotrophique. Qu’il est condamné à être emprisonné dans son propre corps.

… à Guilhem

Guilhem Gallart était un génie des platines. Mais aujourd’hui, ce ne sont plus ses mains qui font des miracles en faisant jaillir des associations improbables, des sons nouveaux, ce sont ses yeux. Toujours soutenu par sa femme et ses deux filles, il a appris à maîtriser les logiciels qui transforment les mouvements des yeux se promenant sur des alphabets ou des claviers en voix ou en note de musique. Le dispositif de navigation oculaire est aujourd’hui sa partition privilégiée. Il est parvenu à composer tout un album qui est désormais entièrement dévoilé et disponible sur les plateformes de téléchargement. Intitulé Kate & Me en hommage à Kate Busch il est une confirmation de sa passion toujours intacte pour la musique, même si son style se démarque un peu de ses anciennes compositions pour la Fonky Family.

Vivre

L’ensemble des sommes récoltées grâce à la vente de l’album seront reversées à son association La SLA pour les nuls, dont l’objectif est d’abord d’informer et de soutenir les patients atteints de cette maladie. Le principal message du musicien à travers cette structure, qui repose sur un site internet, est de rappeler la nécessité pour les patients de demeurer libre de leurs choix. Il déplore en effet qu’aujourd’hui, les patients atteints de SLA soient trop rapidement assimilés à des condamnés. Il avait ainsi évoqué le combat qu’avait dû mener sa femme pour obtenir qu’il puisse être trachéotomisé, en accord avec ses directives anticipées, alors que les médecins considéraient que sa pathologie était trop avancée. « Certes, on ne guérit pas (encore) de cette maladie, mais je témoigne solennellement que l’on peut vivre avec, heureux et apaisé » écrit-il sur le site de son association tout en reconnaissant que sa chance de pouvoir s’appuyer sur un entourage toujours fidèle et solide et de pouvoir recourir à des techniques sophistiquées de communication n’est pas accessible à tous les patients.

Aurélie Haroche

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