L'homme de la semaine : A traversé les régimes avec la patate

Paris, le 5 octobre 2013 - Dans un peu plus de dix jours, les pharmaciens rendront hommage à l’un des leurs, au pharmacien qui probablement jouit de la plus grande renommée dans « l’Histoire de la Pharmacie en France », nous assure le professeur François Chast, ancien président de l’Académie. Sa notoriété dépasse de fait le monde des initiés : son patronyme est aujourd’hui un nom commun qui désigne une spécialité culinaire très populaire. Mais paradoxalement, cette antonomase pourrait avoir fait disparaître l’homme derrière sa légende et aujourd’hui rares sont ceux qui connaissent parfaitement l’œuvre d’Antoine Augustin Parmentier.

Le cercle scientifique des amateurs d’épluchures de patates

A l’occasion du bicentenaire de sa disparition, quelques inconditionnels ont décidé de faire revivre la mémoire de celui qui a été désigné comme « bienfaiteur de l’humanité » et qui a été trop longtemps résumé pour les écoliers comme celui qui a introduit la « pomme de terre en France ». Sur le site consacré à cet événement qui a jusqu’à aujourd’hui si peu fait parler de lui, Martine Aiach, présidente du comité national du bicentenaire, Anne Muratori-Philip biographe du grand homme, François Chast et Marie-Claire Waille de l’Académie de Franche Comté s’emploient à rendre justice à la mémoire de celui qu’ils désignent comme un grand « savant », un humaniste prioritairement soucieux du « bien public » et plus encore « l’inconnu le plus célèbre de l’histoire ».

Un mets accusé de propager la lèpre

On nous rappelle ainsi qu’Antoine-Augustin Parmentier a vu le jour à Montdidier le 12 août 1737. La ville picarde ne se montre d'ailleurs pas ingrate envers son illustre natif puisqu'elle a pleinement participé aux festivités du bicentenaire et consacré un budget très généreux à cette manifestation eu égard à sa modeste taille : elle ne compte que 6 000 habitants. L'enthousiasme de Montdidier est d'autant plus remarquable que la destinée d'Antoine-Augustin quitte bientôt la région pour gagner Paris, ou en raison des revers de fortune de sa famille, le jeune garçon est placé chez un apothicaire de la capitale. Si les qualités de pharmacien d'Antoine-Auguste sont rapidement remarquées, son manque d'argent lui interdit l'achat d'une officine. Ce sera donc l'armée qui lui permettra de faire carrière. Au sein du service de santé des armées de Louis XV, il participe à la guerre de 7 ans. Cette expérience va avoir une importance déterminante pour lui puisque c'est en Prusse, où il est retenu prisonnier pendant trois semaines, qu'il constate les qualités nutritives de la pomme de terre, tubercule qui en France était réservé à l’alimentation des cochons. Parmentier a très vite l’intuition que la pomme de terre pourrait être une réponse aux disettes qui se multipliaient alors. Mais imposer ce nouveau produit dans l’alimentation n’était pas chose aisée. Si la pomme de terre était boudée, c’est que nombre de légendes couraient sur son compte lui conférant une très mauvaise réputation et notamment celle d’être à l’origine de la lèpre.

Opération publicitaire

Parmentier va devoir user de beaucoup d’ingéniosité pour faire de la pomme de terre l’un des aliments principaux de nos menus. D’abord, il remporte en 1772 le concours réalisé par l’Académie de Besançon qui appelait à la rédaction d’un mémoire sur les « végétaux qui pourraient suppléer, en cas de disette, à ceux que l’on emploie communément à la nourriture des hommes ». Puis, il publie un « examen chimique des pommes de terre ». Enfin, comme nous le raconte Anne Muratori-Philip, il entreprend de séduire le peuple en le conviant à assister à la plantation des fameux tubercules dans le champ de manœuvre des Sablons, souhaitant ainsi démontrer qu’il n’est pas besoin d’un sol riche pour faire pousser la pomme de terre. Sa ténacité ne sera pas vaine et aujourd’hui il n’est plus grand monde pour faire la fine bouche face à la patate.

Mais Parmentier ne s’est pas contenté d’œuvrer ainsi pour promouvoir la pomme de terre, il a pareillement étudié la châtaigne et le maïs, s’est passionné pour le pain et (entre autres) s’est également penché sur la salubrité des eaux de la Seine.

Trois fois président de l’Académie de pharmacie

En dépit des changements de régime, Antoine-Augustin Parmentier poursuit ses travaux qui semblent toujours guidés par la volonté d’améliorer la santé publique. La révolution est pour lui comme pour tant d’autres une période troublée. D’abord adoré par le Comité de Salut Public, il est ensuite acculé et doit son salut à une mission qui lui est confiée visant à approvisionner les hôpitaux de campagne en médicaments. Le Consulat et l’Empire lui seront plus propices. Il est nommé premier pharmacien des armées par Napoléon Bonaparte, fera partie des fondateurs du Service de santé des armées aux côtés de Larrey ou Percy et bien sûr sera l’un des pionniers de l’Académie de pharmacie qu’il présida trois fois. La disparition de ce savant respecté le 17 décembre 1813 ne sera cependant pas saluée à sa juste mesure selon Anne Muratori-Philip. Pourtant, François Chast ne manque pas de nous rappeler l’éloge rédigé par Jean-Jacques Virey, auteur du Bulletin de Pharmacie quelques jours après sa mort : « Avec quelle douleur profonde n’avons-nous pas à faire connaître la mort de l’illustre et vénérable Antoine Augustin Parmentier ! Quelle perte pour l’humanité, pour les infortunés, pour tous ses amis comme pour les sciences ! Quel bienfaiteur est enlevé à la terre ! ».

Aurélie Haroche

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