L'homme de la semaine : Je suis le gardien de mon frère

Jérusalem, le samedi 12 octobre 2013 – Du monde entier. Les plus nombreux, sans surprise, ont vécu en Pologne. Parmi les Polonais, la plus célèbre est sans doute cette jeune infirmière qui parvint, par divers stratagèmes, à sauver quelques 2 500 enfants. La France fait partie du peloton de tête. D’Allemagne vient celui auquel a été consacré l’un des plus beaux films réalisés sur ce sujet. Il y a en outre quelques nationalités inattendues  également représentées : un Vietnamien, un Chinois, un Japonais ont vu leurs noms inscrits aux côtés de ceux de 791 Hongrois ou de 831 Lituaniens. Du monde entier et de toutes les religions. Une soixantaine de musulmans ont ainsi été honorés au cours des cinquante dernières années. Ils étaient originaires d’Albanie ou de Bosnie. Mais cette géographie de la bonté, de la « justice » ignorait jusqu’à aujourd’hui les pays du monde Arabe.

Un sauveteur traqué

Dix ans après sa création, le Mémorial Yad Vashem à Jérusalem instaurait la distinction de « Justes parmi les nations », destinée à reconnaître le courage de ceux qui à travers le monde, au péril de leur vie, ont sauvé un ou des milliers de juifs de la barbarie nazi. Une exposition retrace ces cinquante ans d’hommages en revenant notamment sur les personnalités les plus marquantes, tandis que 24 911 hommes et femmes ont été érigés au rang de « Justes parmi les Nations ». Cette exposition anniversaire, intitulée : « Je suis le gardien de mon frère » s'attarde notamment sur le dernier Juste dont le nom figure, gravé, dans cette longue liste : Mohamed Helmy.

Né à Khartoum en 1901, il était arrivé en Allemagne dans les années 20 pour étudier la médecine. Au début des années 30, il fait partie de ces intellectuels étrangers ravis de pouvoir bénéficier du dynamisme de la recherche berlinoise et désireux de vouloir y participer. Mais bientôt, il va comme tant d'autres être la victime du nazisme. En 1937, il est renvoyé du prestigieux Institut Robert Koch. Il lui est ensuite rapidement interdit de travailler à l'hôpital. Après avoir été brièvement arrêté avec quelques compatriotes et relâché pour raisons de santé, il poursuit en dépit des privations et des interdictions l’exercice de la médecine. Un de ses amis lui adresse une patiente juive, Anna Boros. La jeune femme est traquée : Mohamed Helmy et sa compagne, Frieda Szturmann que les lois racistes l’empêche d’épouser, décident de la cacher dans une petite cabane qu’ils possèdent dans le quartier de Buch à Berlin. « Dès 1942, je n'ai plus eu aucun contact avec le monde extérieur », raconte Anna Boros. Mohamed Helmy va également soigner et soutenir la mère d’Anna, Julie, son peau père Georg Wehr, tandis que la grand-mère de la jeune femme, Cécilie Rudnik, est cachée chez Frieda Szturmann.

Juste à titre posthume

Bien qu’également inquiété par la Gestapo, Mohamed Helmy va parvenir pendant plus de deux ans à soustraire ses protégés aux perquisitions, aux rafles et à l’arrestation. Parfois, il écarte Anna pendant quelques jours de sa petite cabane en la confiant à des proches. « Lorsque la pression devenait trop forte, il m'emmenait chez des amis qui me gardaient avec eux durant quelques jours. Le docteur Helmy a fait tout cela pour moi par pure générosité et je lui en serai reconnaissante pour l'éternité », a encore raconté Anna. Après la guerre, sauvée, cette dernière gagne les Etats-Unis avec sa famille, mais elle n’oublie pas le docteur Helmy. La famille écrit des lettres en Allemagne pour témoigner du geste du praticien. Mais dans la tourmente de l’après-guerre, ces missives sont oubliées. Ce n’est que très récemment à l’occasion de l’ouverture de certaines archives officielles qu’ont été redécouvertes ces lettres et que le dossier de Mohamed Helmy, mort à Berlin en 1982, a été transmis au Mémorial Yad Vashem. Aujourd’hui, les responsables de l’institution espèrent pouvoir retrouver des descendants du médecin égyptien afin de leur transmettre la médaille de Juste de leur aïeul.

Aurélie Haroche

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