L'homme de la semaine : Ne figure plus au panthéon des soldats inconnus

Verdun, le samedi 22 juin 2013 – L’émotion pourrait presque le faire devenir mystique. Pourtant, le maire de Fleury-devant-Douaumont sait bien que sa ville fantôme n’est pas comme les autres, qu’elle abrite le plus grand des ossuaires et que sous sa terre dorment des centaines de milliers de fragments d’os de jeunes hommes, sacrifiés au cours d’une bataille sans fin au cours de laquelle « le village de Fleury sera repris seize fois » explique-t-il notamment. Mais, lorsqu’on lui apprend que les ossements retrouvés il y a quelques semaines dans sa cité musée sont ceux d’un homme, Jean Peyrelongue, mort le 31 mai 1916 il ne peut s’empêcher d’observer, interrogé par la Voix du Nord. « J’ai l’habitude de voir des croix, des traces. Mais là, il y a une émotion supplémentaire. Des choses passent à travers ces jeunes hommes de 22 à 35 ans. Regarder Peyrelongue, il est mort le 31 mai 1916 et on a retrouvé ses restes le 31 mai 2013. Sans être mystique, il y a des coïncidences qui sont… Je n’arrive pas à trouver le mot. Mais c’est ça, l’histoire ».

Trois mille fragments osseux

L’Histoire, donc, commence un peu avant le 31 mai. Le 28, dans le cadre des travaux engagés pour célébrer l’année prochaine le centenaire du début de la Grande Guerre, des ouvriers s’attellent au nettoyage des stèles qui marquent l’emplacement des commerces disparus de Fleury-devant-Douaumont pulvérisé par une pluie d’obus le 25 juin 1916 (et qui ne sera jamais reconstruit). Au cours de leurs travaux, affleure un os, ignoré des travailleurs. Ce sont des touristes allemands qui dans l’après-midi donnent l’alerte. Immédiatement une fouille est organisée qui dure jusqu’au 31 mai et trois mille fragments osseux, ainsi que des fibres textiles, des balles, des boutons de vareuses ou encore des ceinturons sont retrouvés. Si exhumer quelques os n’est pas rare à Fleury-devant-Douaumont, une découverte d’une telle ampleur ne s’était pas produite depuis 1991 selon l’édile.

Une reconstitution délicate

Ces précieux ossements sont transférés dans une antenne de l’hôpital psychiatrique Désandrouins à Verdun. Là, le docteur Bruno Frémont, médecin légiste et l’archéolo-anthropologue Frédéric Adam de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) vont débuter une très minutieuse reconstitution. « J’ai trouvé vingt-quatre têtes de fémur gauche et 26 fémurs droit » indique le docteur Frémont à La Voix du Nord. Vingt-six hommes. Sept vont pouvoir être identifiés grâce à leur plaque militaire. C’est le cas de Jean Peyrelongue dont un bout de crâne et deux fémurs ont pu être reconstitués à partir de 50 fragments osseux.

Avec une petite croix blanche

Jean Peyrelongue n’aura pas été le soldat Ryan : toute sa fratrie a été comme lui sacrifiée. Le monument au mort de Briscous, petit village des Pyrénées Atlantiques dont il fut originaire porte en effet son nom ainsi que celui de ses deux frères Léon et Michel. C’est à Briscous que lors d’une dernière permission en 1914, Jean Peyrelongue est revenu une fois encore. Fruit de cette ultime visite à Célestine, sa femme, naîtra Léon. S’il ne connaîtra jamais son père (dont sa mère ne parlera plus s’étant remariée après la guerre), Léon passera sa vie à en rechercher la trace, errant notamment dans le cimetière de Douaumont. C’est là que 97 ans après la mort de son grand-père blessé le 23 mai 1916 et mort huit jours plus tard dans la ferme où il avait été transporté, que s’est rendue Josette Morel pour assister à une cérémonie en l’honneur de la dépouille de son aïeul. Elle a ramené chez elle la plaque militaire de Jean, tandis que ses ossements ont été enterrés à côté de milliers d’autres au sein de la « nécropole nationale de Douaumont avec une petite croix blanche » commente Josette interrogée par le Monde. Tel sera aussi le sort des six autres « poilus » identifiés lors de cette découverte et des dix-neuf qui demeureront sans nom. « Sur 300 000 morts de part et d’autre, au moins 160 000 n’ont pas été retrouvés, dont 60 000 Français pour la seule zone rouge de Verdun qui fait 30 kilomètres sur dix » rappelle Jean-Pierre Laparra.

Aurélie Haroche

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