La femme de la semaine : mon palais pour une médaille

Paris, le samedi 28 septembre – On a beau être le Centre national de recherche scientifique (CNRS) et représenter soi-même un symbole d’importance, on n’en boude pas moins son plaisir lorsque surviennent quelques facéties emblématiques. C’est ainsi qu’au début des années 70, le CNRS se montra selon François Gros « particulièrement fier d’avoir engagé quelqu’un qui porte le nom du symbole de la Grande-Bretagne ». Les responsables de l’institution ne savaient en outre pas que quatre décennies plus tard, le nom de ce palais londonien abritant la famille royale deviendrait une gloire française. Car en dépit de son très britannique patronyme Margaret Buckingham, d’origine écossaise, est une chercheuse française dont l’excellence lui vaut aujourd’hui de recevoir la médaille d’or du CNRS, la récompense scientifique la plus prestigieuse en France.

D’Oxford à l’Institut Pasteur

Fierté de notre pays, Margaret Buckingham a cependant bien vu le jour de l’autre côté du Channel le 2 mars 1945. C’est également sur les terres anglaises qu’elle mènera ses études : elle obtiendra en 1971 un doctorat en biologie à l’Université d’Oxford. Mais à l’époque, ce n’est pas prioritairement dans les laboratoires londoniens que l’on espère travailler lorsqu’on est une jeune biologiste ambitieuse, mais au sein de cet Institut Pasteur où Jacques Monod, François Jacob et André Lwoff ont fait la découverte de l’opéron lactose qui leur a valu d’être récompensé quelques années plus tôt par le Prix Nobel. Ainsi, à l’issue d’un colloque où il était l’un des intervenants d’honneur, bravant sa timidité, Margaret Buckingham interrogea François Gros sur les possibilités de travailler au sein de l’Institut. Quelques temps plus tard, Margaret et celui qui devait lui donner son nom de palais, Richard Buckingham, également biologiste, gagnaient la France. Ce fut le début d’une carrière d’exception pour la jeune femme.

Des recherches musclées et qui ne manquent pas de cœur

Ses travaux se sont montrés déterminants pour comprendre « les mécanismes qui conduisent une cellule naïve à entrer dans un programme de différenciation tissulaire pendant le développement de l’organisme » indique le résumé de ses recherches proposées par le site de l’Académie des sciences, dont elle est membre. Plus concrètement, Margaret Buckingham a mis en évidence les modes d’expression de gènes impliqués dans le fonctionnement des muscles. « Parmi les gènes des facteurs de régulation myogénique (…) l’expression de Myf5 précède la myogenèse chez l’embryon. En son absence, les cellules adoptent d’autres destins cellulaires, démontrant ainsi le rôle de Myf5 comme facteur de détermination myogénique » nous rappelle l’Académie des sciences. Or, Margaret Buckingham et son équipe ont observé « qu’un autre gène régulateur, Pax3, intervient avec Myf5 en amont de la hiérarchie génétique qui contrôle l’initiation de la myogenèse. Récemment, elle a identifié une réserve de cellules souches qui alimente les masses musculaires ». On le comprend sans difficultés, les travaux de Margaret Buckingham suscitent l’intérêt (et même l’espoir) de nombreux patients souffrant de myopathies. La chercheuse a d’ailleurs étroitement collaboré avec l’Association française contre les myopathies (AFM) afin de mieux définir les maladies génétiques affectant le muscle. Dans la lignée de ses travaux sur la myogenèse, ses recherches ont également concerné la cardiogenèse. « Elle a bouleversé la vision admise du développement cardiaque par la découverte d'un deuxième champ d'induction du cœur et la dissection des origines clonales des populations de cellules formant le cœur » décrit le communiqué de presse du CNRS.

En route vers le Prix Nobel ?

Aujourd’hui professeur émérite, Margaret Buckingham, mère de trois enfants et qui selon le biologiste et député Jean-Sébastien Vialatte cité par la Croix est connue pour « sa grande simplicité » et sa capacité à rendre « ses interlocuteurs intelligents » a reçu de nombreux prix nationaux et internationaux et est membre de plusieurs académies dont l’Académie des sciences des Etats-Unis. Peut-être verra-t-elle dans quelques années s’ajouter à ses nombreuses distinctions une récompense considérée parfois comme la plus prestigieuse et en tout cas la plus célèbre. La médaille d’or du CNRS a en effet ouvert plus d’une fois la voie au Prix Nobel ces dernières années, que l’on se souvienne simplement de Jules Hoffman (médaille d’or du CNRS 2011 et Prix Nobel la même année) ou de Serge Haroche (médaille d’or en 2009 et Prix Nobel en 2012).

Aurélie Haroche

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