L’homme de la semaine : Bien séquencé

Londres, le 13 juillet 2013 - Alors que la recherche embryonnaire fait toujours débat en France, les pays anglo-saxons s'attardent moins sur  ces questions que nous, encore moins les parents de Connor Lévy qui ont accepté d’avoir recours à une nouvelle technique de dépistage génétique accélérée mise au point par l’équipe du Dr Dagan Wells à l’université d’Oxford (Grande Bretagne). L’enfant a vu le jour à Philadelphie, Etats-Unis, le 18 mai dernier, mais son cas n’a été présenté que cette semaine au monde entier, lors du congrès annuel de la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE).  Notre petit homme de la semaine est le premier bébé né d’une FIV avec séquençage complet du génome. Explications

Le comptage qui change tout

La technique dont ont bénéficié les heureux parents, pourrait bien révolutionner la FIV dont le taux d’échecs est encore trop élevé (seuls 30 % des embryons transférés s’implantent). Cette première naissance a en effet été obtenue en utilisant la recherche embryonnaire accélérée dont les avantages sont indéniables. Ainsi permet-elle en un temps record  de sélectionner les « meilleurs » embryons, c'est-à-dire ceux qui ont le bon nombre de chromosomes et qui sont  indemnes d’anomalies génétiques.

Lors des essais cliniques le Dr Wells et son équipe d’Oxford ont obtenu par FIV, sept embryons, dont ils ont prélevé des cellules souches après cinq jours de développement, puis ils en ont extrait l’ADN pour le séquencer. Ce scan rapide de l’ADN (d’environ 16 h) évite la congélation des embryons en attendant les résultats. Parmi les sept sélectionnés, seuls trois d’entre eux ont pu être retenus. Le transfert d’un seul embryon a conduit avec succès à la grossesse de la mère du petit Connor, puis à la naissance tant attendue. « Certains des embryons produits lors de traitements de l'infertilité n'ont aucune chance de devenir un bébé parce qu'ils portent des anomalies génétiques mortelles » ajoute le Dr Wells, ce séquençage dit « de nouvelle génération » offre une visibilité sans précédent sur la biologie des embryons : il améliore notre capacité à détecter ces anomalies et à identifier les embryons avec les meilleures chances de produire une grossesse viable ». Potentiellement, cela devrait conduire à une amélioration des taux de succès des FIV et un moindre risque de fausse couche.

Le juste prix

Autre information qui a son importance, cette technique de séquençage accélérée réduirait les coûts de la procédure d’un tiers. Le prix des tests génétiques qui restent très élevés, de l’ordre de plusieurs milliers d’euros, deviendraient ainsi plus accessibles pour la collectivité. En France, rappelons qu’actuellement une FIV coûte entre 3000 et 4 000 euros quand il n’y pas de dépassement d’honoraires. D’autres essais cliniques seront nécessaires pour confirmer l’efficacité de la technique à plus grande échelle. La prochaine étape annoncée par le Dr Dagan Wells est le lancement d’un essai randomisé cette année.

Enfin, comme tout progrès scientifique lié à la procréation, il soulève des inquiétudes éthiques. Dès lors qu’il s’agit de sélectionner des embryons pour n’en conserver que les « plus que parfaits » avec tous les bons gènes, on peut craindre certaines dérives. En attendant, un deuxième bébé né grâce à ce même dépistage de nouvelle génération est attendu dans les prochaines semaines à Philadelphie.

Dominique Thibaud

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article