Ressuscité un 4 juillet

Chatou, le samedi 16 septembre 2023 – Victime d’un arrêt cardiaque et sauvé par un ami, le commentateur sportif George Eddy veut désormais sensibiliser le public à l’apprentissage des premiers secours.

Toute personne qui a un jour regardé un match de basket-ball sur la chaine Canal +, que ce soit par passion ou à cause d’une insomnie, connait sa voix. La voix de George Eddy, le plus américain des journalistes sportifs français (né en Alabama d’un père américain et d’une mère française, il possède la double nationalité) qui depuis près de 40 ans commente inlassablement des rencontres de baseball, de football américain et surtout de basket-ball. Avec son très fort accent américain, ses explosions de joie et ses expressions toute personnelles, il a fait aimer le basket-ball à des milliers de téléspectateurs français, à une époque où ce sport était encore relativement méconnu dans nos contrées. Mais ce 4 juillet dernier, cette voix a fini se taire à jamais.

Ce jour-là, « Monsieur George », comme on le surnomme, dispute un match de basket entre amis sur un « playground » (un terrain de basket extérieur) à Chatou dans les Yvelines. Malgré ses 67 ans, celui qui n’a jamais réussi à être sélectionné dans une grande équipe américaine (il se décrit amusément comme « le meilleur joueur de basket-ball à n’avoir jamais été sélectionné dans une équipe universitaire ») et qui n’a connu qu’une modeste carrière dans le championnat français montre ce jour-là qu’il a encore de beaux restes. « Ce jour-là, je trouve George vraiment en grande forme » se souvient son ami Maxime Lange, 21 ans, avec qui il joue depuis des années sur ce terrain de Chatou.

Le bon rebond de George Eddy

Mais alors que le match touche à sa fin, George Eddy s’effondre, foudroyé. « J’ai été victime d’un arrêt cardiaque, un arrêt oui, pas un infarctus ni une crise cardiaque, je n’ai rien vu venir et pourtant je connais les symptômes, j’ai fait un infarctus il y a deux ans » se remémore le journaliste. « Je me suis même senti étonnement bien avec l’impression que mon cœur était guéri, mais ça c’était avant que je tombe dans un trou noir ».

Passé le court moment de sidération, Maxime Lange a le bon réflexe d’appeler le SAMU. « Au téléphone, le médecin me demande de faire un massage cardiaque, je panique mais j’ai une formation de sauveteur et je le fais » se souvient le jeune homme, dont le comportement a sans nul doute sauvé la vie du célèbre commentateur. Pendant 13 longues minutes, Maxime va prodiguer un massage cardiaque en attendant l’arrivée des secours. A son arrivée, le médecin du SAMU utilise immédiatement un défibrillateur : il faudra deux chocs pour ramener la voix française du basket à la vie.

« Maxime m’a sauvé la vie, sans lui j’avais deux issues : la mort ou m’en sortir avec des séquelles graves et définitives. Le massage a permis à mon sang de continuer à circuler pour irriguer mon corps et mon cerveau » commente George Eddy, éternellement reconnaissant envers son sauveur. Deux mois après l’accident, le commentateur se remet progressivement. S’il ne peut désormais plus disputer de matchs de basket, exercice physique trop intense, il continue à savourer des concours de tir avec Maxime et ses autres amis basketteurs. « J’ai toujours ma voix, toute ma tête, je suis un miraculé et j’en suis conscient ».

« Les témoins d’un arrêt cardiaque savent rarement comment réagir »

George Eddy souhaite désormais mettre sa notoriété au service d’une bonne cause et sensibiliser le public à l’importance de connaitre les gestes qui sauvent, deux semaines après qu’une étude ait conclu que plusieurs milliers de vies pourraient être sauvés chaque année si les premiers secours étaient mieux connus des Français. « Sur les terrains de sport, il y a par an 800 incidents cardiaques en France » explique celui qui connait désormais son sujet sur le bout des doigts.

« Les témoins savent rarement comment réagir alors qu’avec des gestes simples, tant de vie pourraient être sauvées. Nous sommes absolument tous concernés, on peut se retrouver dans la minute qui vient, victime d’une crise cardiaque ou témoin d’un infarctus ». Et le basketteur amateur de dérouler son programme : « Il faut un minimum de formation aux gestes qui sauvent qu’on doit apprendre à l’école. Sur chaque lieu de sport, il faut mettre une pancarte avec le descriptif des gestes à connaitre. Il ne faut pas non plus avoir peur de faire un massage, mieux vaut casser une côte que laisser un proche mourir devant soi ». 

La suite pour George Eddy, c’est désormais un retour aux commentaires sportifs le plus tôt possible. Après 40 ans de bons et loyaux services, le journaliste espère terminer sa carrière en commentant le tournoi de basket des Jeux Olympiques de Paris l’an prochain.

« Je n’aurais jamais pensé que je pourrais mourir un 4 juillet » conclut George Eddy de son inénarrable accent américain.

Quentin Haroche

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