Toutes les bonnes raisons du monde

Paris, le samedi 24 avril 2021 – C’est bien moins vrai aujourd’hui, mais dans les premières heures de la pandémie, beaucoup de médias avaient voulu mettre en exergue, face aux affres suscitées par la situation sanitaire, les élans de solidarité qui traversaient la société. Par ailleurs, une quasi mythologie s’était créée autour du dévouement des médecins et professionnels de santé (applaudis tous les soirs ce qui a été largement oublié), mais aussi de l’ensemble de ceux dits en « première ligne ». Cette ambiance ainsi façonnée a pu chez certains créer une forme de culpabilité ou de frustration de ne pas pouvoir prendre part de façon active à cette épreuve collective. Pour ces derniers, la possibilité de se porter volontaire pour participer aux essais cliniques d’évaluation de vaccins ou de médicaments a été une réponse à leur désir d’agir.

Des vaccins et des hommes

« Je ne suis ni médecin, ni chercheur. La seule manière que j’ai d’aider mes prochains et surtout mes enfants, c’est de participer à ce type de tests », expliquait ainsi en octobre dernier à 20 minutes Patrick, âgé de 46 ans, un des 50 000 Français qui se soient inscrits sur la plateforme Covireivac, lancée par l’INSERM. Ce sont très majoritairement des hommes (75 %), ce qui est un reflet de ce qui s’observe actuellement en ce qui concerne le recrutement de volontaires. « C'est assez classique dans les essais cliniques et cela ne fausse pas les résultats » relevait dans Sciences et Avenir le coordinateur de Covireivac Frédéric de Araujo. Il note qu’aux causes habituelles expliquant la sous représentation des femmes (impossibilité de participer en cas de projet de grossesse, prise de médicaments parfois incompatibles avec l’essai…) s’ajoute concernant la Covid « le fait que les médias ont beaucoup insisté sur le fait que le Covid-19 touche plus les hommes que les femmes. Ils se sentent donc particulièrement concerné ».

Les plus vulnérables répondent à l’appel

Les facteurs de risque, outre le sexe, font de fait partie des motivations des volontaires, qui souvent permettent de dépasser les appréhensions. « J'en parlai à des amis et des proches. Tous m'aidèrent à conclure que le risque d'un potentiel effet secondaire d'un vaccin pour une asthmatique comme moi serait moindre que le risque que je tombe malade du virus. Et je décidai de participer » a ainsi expliqué la journaliste Leila Macor auprès de l’AFP. Claude 81 ans note pour sa part « il est normal que des personnes âgées participent » répondant ainsi aux sollicitations de l’INSERM, soulignant l’importance de recruter des sujets de plus de 60 ans.

Effort collectif

Si le fait de souffrir d’une comorbidité permet de relativiser les risques d’effets secondaires, la question se pose évidemment.  Laurianne, sexagénaire et diabétique, y répond en convoquant la notion « d’effort collectif ». « La défiance vis-à-vis des vaccins empire, mais la science doit prévaloir : c’est un effort collectif et un risque à prendre, un risque pour le bien commun » explique-telle, ajoutant encore : « De la même manière qu’un seul individu peut propager une épidémie à de nombreuses personnes, fragilisant ainsi les hôpitaux, ce même individu vacciné peut briser la chaîne de contamination, protéger ses proches et des inconnus, et épargner le système de santé ». Cette notion d’engagement collectif est très présente dans les témoignages de volontaires et revêt en France une dimension particulière. Ainsi, Thibaud, 32 ans remarque : « On bénéficie du système de santé français, de soins et de dons de sang, d’organes ou encore de gamètes quand on en a besoin. En retour, il faut savoir faire don de ce qu’on peut offrir aux autres ».

Partager sa chance

Mais les motivations peuvent être plus personnelles. On retrouve ainsi beaucoup de personnes ayant perdu un proche victime de la Covid parmi les volontaires. Mais, le fait de ne pas avoir été directement confronté à la mort liée à la Covid peut également être un argument. « J’ai signé en pensant à mes parents, que je n’ai pas embrassés depuis février et que j’ai tellement envie de protéger. Si ce vaccin fonctionne, c’est grâce à nous, volontaires, qu’on le saura. J’ai eu la chance de ne perdre personne de cher à cause de cette maladie et de conserver mon emploi. Cette chance me fait me sentir redevable » explique ainsi Alexandra, âgée de 40 ans. Comme elle, beaucoup expriment comme raison première de leur engagement le désir de pouvoir retrouver une vie normale, avec des contacts « sans barrière » et sans masque.

Quelles que soient leurs motivations, personnelles ou collectives, pour  Hervé Chneiweiss, neurologue, Hélène Espérou, hématologue, François Hirsch, directeur de recherche honoraire à l’Inserm et Odile Launay infectiologue et coordinatrice de Covireivac, l’engagement de ces « héros discrets » doit être salué, tout particulièrement en cette période troublée marquée par une certaine défiance vis-à-vis de la science. « Nos concitoyens peuvent paraître circonspects à l’égard des innovations thérapeutiques qu’ils souhaitent et redoutent. Ils se sont habitués à questionner le bien-fondé de toutes les innovations thérapeutiques, dont les vaccins, sans être conscients qu’une recherche est très souvent basée sur la générosité de certains. Avant de refuser ces innovations, soit par une véritable crainte d’effets secondaires rarissimes mais inquiétants, soit hélas trop souvent pour des raisons idéologiques regrettables, n’oublions pas ces héros discrets sans qui beaucoup d’entre nous ne survivraient pas à la rencontre de nombreux agents pathogènes », écrivent-ils dans une récente tribune publiée dans Le Monde.

Aurélie Haroche

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