Urgence pour un spécialiste de la médecine de catastrophe

Bruxelles, le samedi 17 août 2019 – De nombreux médecins et scientifiques quittent l’Iran pour pouvoir bénéficier en Occident de conditions de travail plus favorables, d’un meilleur accès au savoir, et d’une plus grande liberté. Cet exil souvent compliqué et douloureux n’est pas une rupture totale avec leur pays d’origine dont ils espèrent souvent une évolution en faveur de plus de démocratie. Surtout, les autorités iraniennes se montrent souvent jalouses et préoccupées par ces départs et continuent à exercer de fortes pressions sur leurs compatriotes exilés. Une pression qui peut parfois atteindre des niveaux iniques et insupportables.

Une proposition peu amicale

Ainsi, Ahmadreza Djalali, médecin urgentiste de 46 ans, spécialisé dans la médecine de catastrophe, a quitté l’Iran il y a quelques années pour rejoindre l’Institut Karolina de Stockholm où il était professeur. Jouissant d’une solide réputation dans sa discipline, le chercheur et médecin a également été invité ces dernières années par l’université de Bruxelles (VUB) et celle du Piémont. Son choix de vivre en Suède a probablement été perçu comme une trahison par le gouvernement iranien qui a bientôt demandé à Ahmadreza Djalali de se livrer à des opérations d’espionnage. Le docteur Djalali s’y est refusé.

Aveux sous la torture

Cette opposition a fait d’Ahmadreza Djalali une personnalité prise pour cible par Téhéran, mais le praticien a refusé de se méfier. Quand il est invité en 2016 par l’université de Téhéran, il accepte de se rendre dans la capitale iranienne pour honorer les conférences où il était convié. Cependant, peu de temps après son arrivée, le médecin est arrêté. Le praticien est alors accusé d’avoir livré des informations sur l’Iran aux services secrets israéliens. Ahmadreza Djalali s’en défendra pendant de longues semaines. Et s’il finit par livrer des aveux, c’est uniquement sous la menace. Alors que tout son entourage dément toute collaboration entre le praticien et le Mossad et que la justice iranienne n’a pu apporter aucun élément matériel attestant un quelconque lien entre lui et Israël, sa condamnation à mort est considérée comme le résultat d’un procès inique.

Les droits de la défense totalement bafoués

Aussi, depuis deux ans, Amnesty International milite-t-elle pour obtenir la libération d’Ahmadreza Djalali. Soutenue dans sa démarche par 75 prix Nobel qui ont signé en novembre 2017 une tribune pour demander que le praticien puisse reprendre ses travaux, par la ville de Stockholm qui en a fait un de ses citoyens ou encore les universités qui l’ont accueilli, l’organisation dénonce le sort du praticien. Ses observations critiques concernent d’une part ses droits à la défense : l’avocat choisi par Ahmadreza Djalali a été récusé et celui qui lui a été assigné autoritairement a manifesté plusieurs manquements tel un dépassement des délais pour déposer un recours devant la Cour suprême. Par ailleurs, les éléments présentés et leur niveau de preuve et d’authenticité étaient manifestement insuffisants pour justifier la condamnation, tandis que le juge qui présidait le tribunal est connu des autorités occidentales (il est placé sur une liste noire du Conseil de l’Union européenne) pour sa justice plus qu’expéditive. D’autre part, Amnesty International s’inquiète des conditions de détention du praticien. Recevant souvent tardivement les soins dont il a besoin, l’homme est par ailleurs régulièrement placé à l’isolement (ce qui a conduit à une première série d’aveux) ou changé brutalement de lieu.

Soulagement éphémère

Ainsi, mi-juillet, la famille d’Ahmadreza Djalali s’est montrée particulièrement inquiète du déplacement du praticien de la prison d’Evin. Pendant plusieurs longues journées, les autorités ont refusé d’indiquer où le médecin avait été incarcéré. L’homme a finalement pu téléphoner à sa famille mais a indiqué ignorer où il avait été envoyé, ayant été transféré les yeux bandés. Si finalement, Ahmadreza Djalali a réintégré la prison d’Evin, le soulagement de sa famille et de tous ses soutiens n’est qu’éphémère face aux menaces qui pèsent sur lui. Cependant, la libération il y a quelques jours d’un doctorant iranien inscrit à l’Université de Liège, Hamid Babaei, suscite un peu d’espoir. Arrêté en 2013, le jeune homme présentait une situation proche d’Ahmadreza Djalali : il avait été arrêté peu après avoir refusé d’espionner ses collègues pour le compte de Téhéran. Cependant, la condamnation du jeune homme était moins sévère et sa position moins importante, sa libération ne peut donc être un gage absolu d’une chance pour le docteur Djalali d’être prochainement libéré.

Aurélie Haroche

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