Des scientifiques qui fourmillent d’idées

Paris, le samedi 19 mars 2022 – Si l’on sait que le chien peut être dressé pour détecter les cancers, un animal bien plus petit ferait mieux que lui dans ce domaine.

« Développer une technique non invasive, efficace et peu chère pour détecter les cancers à un stade précoce est un défi majeur pour la santé publique » écrivent les chercheurs français issus du CNRS, de l’Inserm et l’Institut Curie à l’origine d’une étude sur la détection du cancer publiée le 21 février dernier dans la revue « iScience ». Depuis plusieurs années, les scientifiques étudient la possibilité de dépister le cancer via les composés organiques volatils (COV), ces odeurs émises par les cellules qui sont différentes selon que ces dernières sont saines ou cancéreuses. Il a notamment été démontré que les chiens, qui sont connus pour leur odorat exceptionnel  (10 000 à 20 000 fois plus sensible que celui de l’homme), peuvent parvenir à détecter des cancers par leur odeur. Selon l’étude Kdog de l’Institut Curie de 2017, un chien peut atteindre un taux d’efficacité de 90 % dans le dépistage.

La fourmi bien meilleure élève que le chien

Cependant, l’entrainement d’un chien est long (entre 6 et 12 mois) et couteux, « plusieurs dizaines de milliers d’euros par chien » selon Baptiste Piqueret, principal auteur de l’étude qui nous intéresse. Lui et son équipe se sont donc intéressés aux capacités de détection d’un autre animal à l’odorat puissant : la fourmi. En effet, dans la nature, cet insecte utilise son odorat pour s’orienter et pour communiquer avec ses congénères. L’odeur est donc au centre de l’organisation sociale des fourmis.

Grâce à un protocole dit « d’apprentissage associatif » basé sur un système de récompense, les chercheurs ont pu apprendre aux fourmis à détecter les odeurs émises par les cellules cancéreuses. « Un protocole très simple qui ne nécessite pas de matériel onéreux » explique Baptiste Piqueret, qui raconte avoir réalisé ces expériences chez lui pendant le premier confinement de 2020. Au final, les insectes se révèlent être des élèves bien plus brillants que les chiens. En seulement trois sessions d’apprentissage de moins d’une heure, une fourmi est capable de distinguer cellules cancéreuses et cellules saines. Les insectes parviennent même à distinguer entre deux sous-types de cancer du sein.

Demain les chiens ou la Révolution des fourmis ?

Que ceux qui ont peur des insectes se rassurent : il est peu probable qu’un cancérologue vous prescrive un jour de vous recouvrir le corps de fourmis. « On va utiliser par exemple de l’urine, de la salive ou de la sueur d’une personne qui a potentiellement le cancer, il n’y aura pas de contact direct entre nos fourmis et les patients » explique Baptiste Piqueret. Le chercheur espère par ailleurs que l’incroyable odorat des fourmis pourra être utilisé à d’autres fins, comme la détection d’explosif ou de stupéfiants. Il reste cependant à réaliser des « tests cliniques sur un organisme humain complet » avant de pouvoir confirmer l’efficacité de cette méthode, précise le CNRS dans un communiqué. Des expériences préliminaires menés avec de l’urine de souris atteinte d’un cancer sont actuellement en cours.

Dans cette rivalité avec les fourmis, les chiens n’ont cependant pas encore dit leur dernier mot. L’Institut Curie mène depuis 2020 une étude clinique, qui doit s’achever en 2023, pour mieux mesurer la capacité de dépistage de nos amis à quatre pattes.

Rappelons par ailleurs que, jusqu’à preuve du contraire, les fourmis ne rapportent pas la balle qu’on leur lance et ne peuvent pas retrouver des personnes ensevelies sous une avalanche.

Le chien restera donc, quoi qu’il arrive, le meilleur ami de l’homme.

Nicolas Barbet

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